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Zinaïda Hippius : Des vers pour la liberté [Russie]

Par Lune Sayer
Paru dans Femmes ici et ailleurs #40, novembre-décembre 2020  

Poétesse, dramaturge et critique littéraire russe, Zinaïda Hippius (1869-1945, dont le nom est aussi orthographié Guippius) a été une femme engagée dans son temps, témoin et critique des soubresauts de trois quarts de siècle d’histoire mouvementée. À dix-neuf ans, elle épouse l’écrivain Dimitri Merejkovski et le couple fonde un salon littéraire à Saint-Pétersbourg.

Zinaïda Hippius russie autrice litterature
DR

Inscrite dans le mouvement symboliste de son époque, Zinaïda Hippius ’intéresse aussi à l’actualité de son pays, en particulier la montée de l’opposition au régime tsariste.
Durant la révolution d’octobre 1917, elle habite en face du palais de Tauride, où se déroulent les principaux événements qui porteront les communistes au pouvoir. Depuis sa fenêtre, elle s’enflamme : “La lumière de ce matin, c’est l’ivresse de la vérité de la révolution, c’est la passion pour une liberté conquise, pas une liberté consentie.” Zinaïda Hippius déchantera vite.

Dans son recueil de poèmes Journal sous la terreur, en 1919, elle dépeint désormais sa ville ravagée par les combats et la misère, dont elle rend responsable le gouvernement bolchevique : “Voici venues les perquisitions, la terreur rouge, la dictature des illetré·e·s.” Cette même année, elle doit s’exiler à Paris avec son mari. Elle y crée en 1927 le cercle de la Lampe verte où se réunissent une grande partie des intellectuel∙le∙s immigré·e·s.

Zinaïda Hippius s’est aussi distinguée par son mode de vie. Surnommée “la sorcière” par Léon Trotski, elle préfère se faire appeler la “Madone décadente”. Vêtue tour à tour de vêtements masculins ou féminins, elle aspire à l’androgynie pour surmonter les divisions de genre. “Jamais un homme vivant n’est seulement un homme. Et une femme vivante n’est pas seulement une femme”, souligne-t-elle dans Sur l’amour. Par ailleurs, elle signe certains de ses articles sous le pseudonyme d’Anton Kraini, en français Antoine de l’Extrême, comme elle l’explique dans La bête-divinité : “Il m’a toujours paru plus pratique d’exprimer mes pensées les plus chères sous un pseudonyme changeant, sous un nom étranger. En effet, sans en être pleinement conscient·e·s, nous rejetons presque tout ce qui est signé d’un nom féminin. Car pour le lecteur, femme et sexe sont inséparables.” ●