fbpx

Femmes ici et ailleurs

Un Magazine et un Club 100 % inspiration

Zaina Erhaim : les mots d’Alep [Syrie]

Journaliste syrienne travaillant à Londres, Zaina Erhaim a regagné son pays en plein conflit. Elle s’est installée à Alep et a mis en valeur le rôle des femmes dans la rébellion. Elle a aussi formé à son métier de nombreux·ses Syrien·ne·s. Son travail de journalisme et son engagement ont été récompensés par plusieurs prix internationaux.

Propos recueillis par Pierre-Yves Ginet
Paru dans Femmes ici et ailleurs #18, mars-avril 2017

Biographie express
Née en Syrie, Zaina Erhaim obtient un diplôme de journalisme en 2007 à Damas. Elle part à Londres poursuivre ses études, puis travaille pour la BBC. Elle décide de revenir en Syrie en 2013, alors que la guerre fait rage, et s’installe à Alep l’année suivante. Missionnée par l’Institute of War and Peace Recording (IWPR), une ONG britannique qui soutient la société civile et les médias dans les pays en conflit, Zaina Erhaim forme plus de cent journalistes-citoyen·ne·s, dont un tiers de femmes. Ces Syrien·ne·s témoignent depuis l’intérieur de la réalité de leur pays en guerre. Ces récits sont publiés sur le site Syriastories.net, en particulier le “women’s blog” de l’IWPR. La journaliste a également réalisé un documentaire sur les rebelles syriennes.
Zaina Erhaim a dû quitter son pays fin 2015. Elle vit désormais au sud de la Turquie, près de la frontière syrienne. Elle a reçu de nombreuses distinctions, dont le prix du journaliste de l’année de Reporters sans frontières et le prix Peter-Mackel qui récompense le courage et l’éthique journalistique.

© Tristan Martin/Reuters

Des médias et certaines personnalités politiques, notamment en France, suggèrent qu’il vaut mieux avoir Bachar Al-Assad que les islamistes, qu’Alep était en partie aux mains de Daech. Vous qui avez vécu dans cette ville et qui avez témoigné de la réalité du terrain, qu’en pensez-vous ? 

Ces trois dernières années, quel que soit l’endroit du monde où je me trouvais, je devais toujours faire face à la même remarque : “Vous êtes opposée au régime d’Assad, alors vous êtes pro État islamique”. Comme si le peuple syrien n’existait pas, comme s’il n’y avait pas de rebelles modéré·e·s.  Ils et elles contrôlaient entièrement la ville d’Alep [NDLR : Daech a été expulsé de la deuxième ville de Syrie en 2014 par les forces révolutionnaires opposées de la dictature syrienne]. Peu importe ce tu portais comme vêtement ou à quoi tu ressemblais, tu pouvais aller et venir librement. Alep était la dernière zone de liberté de cette importance. Mais lorsque la ville est tombée, même les médias arabes ont dit qu’Alep avait été libérée… Ils n’ont jamais parlé du nombre de civil·e·s brutalisé·e·s qui n’avaient même pas de position politique… En 2011, lors des premières manifestations, Assad a dit déclarer la guerre au terrorisme. Au contraire, il l’a favorisé et entretenu, avec le soutien des Russes et l’impuissance de la communauté internationale. 

Quelles sont les informations dont vous disposez actuellement, rapportées par vos correspondant·e·s et ami·e·s à l’intérieur d’Alep ? 

Tou·te·s celles et ceux que je connais ne sont plus en Syrie. Elles et ils ont été expulsé·e·s de leur maison, certain·e·s ont réussi à fuir jusqu’en Turquie. Les habitant·e·s qui n’ont pas pris parti, mais qui ont refusé de quitter leur domicile, ont subi une grande vague d’arrestations et de répression. Évidemment, la vie est encore plus difficile pour celles et ceux qui ont un lien avec les rebelles de l’opposition. 

Janvier 2017. Femme âgée dans le quartier détruit d’al-Shaar, à Alep. © Louai Beshara/AFP Photos

Quelle est la situation particulière des femmes ?

​Vous avez envie de lire cet article ? Il vous suffit d’adhérer au Club Femmes ici et ailleurs.

Vous êtes déjà adhérent·e Découverte digitale, Découverte combiné, Exploration ou Exploration digitale, Liberté ou Liberté digitale ? Connectez-vous à votre compte.

Vous êtes adhérent·e avec une autre offre ? Vous pouvez la faire évoluer sans attendre en cliquant ici. La régularisation administrative se fera dans les jours qui suivront.