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Femmes ici et ailleurs

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Tatiana Frolova : Une île de vérité [Russie]

Créatrice du théâtre KnAM, la metteuse en scène Tatiana Frolova explore les cœurs de l’URSS d’hier, qui nous éclairent sur la Russie d’aujourd’hui. Un théâtre de résistance, aussi magnifique qu’universel.

Propos recueillis par Pierre-Yves Ginet. Traduction Bleuenn Isambard
Paru dans Femmes ici et ailleurs #36, mars-avril 2020

Votre théâtre, le KnAM, est basé à Komsomolsksur-l’Amour, aux confins orientaux de la Russie. Pourquoi avoir choisi cette ville pour installer votre compagnie ?

J’en suis originaire. Je l’ai quittée pour mes études à Moscou. Pendant un an, j’ai vécu littéralement dans les théâtres. J’ai beaucoup appris, je me suis enrichie. Mais travailler pour les grands théâtres était impossible sans relations. J’ai alors fait un doigt d’honneur à Moscou et je suis rentrée chez moi, en 1979. Avec un groupe d’ami·e·s, nous avons fondé le théâtre KnAM, avec ses vingt-quatre places, en 1985. La Perestroïka est arrivée, nous n’avions peur de rien, tout semblait possible. Le KnAM est un enfant de la liberté.

© Julie Cherki/Festival Sens Interdits

Votre pièce Ma petite Antarctique, présentée pour la première fois en France l’automne dernier lors du festival Sens interdit, à Lyon, est corrosive pour le régime de Vladimir Poutine. La jouez-vous dans votre pays ?

Bien sûr. Une fois, j’ai reçu un appel : “C’est le comité d’enquête, nous voulons vous interroger.” Mes mains, mes bras et tout mon corps tremblaient de peur. Ils sont arrivés dans une voiture noire pour m’emmener. C’était un vrai spectacle, extrêmement bien mis en scène. Finalement, ils m’ont dit que c’était juste un recueil de témoignages. Ces méthodes sont pensées pour effrayer la population et les artistes. En réalité, ce sont eux qui ont peur de la vérité. Ensuite, je me suis dit : “Je peux mourir et c’est tout. Donc, à quoi ça sert d’avoir peur ?” Nous avons continué à jouer, à créer. Sans nos spectacles, de toute façon, nous serions déjà mort·e·s de haine ! Je me rappelle d’une jeune fille qui était venue nous voir et qui nous avait dit : “Le KnAM est comme une petite île de vérité. Grâce à vous, je comprends qui je suis.

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