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Tsigereda Brihanu : Contre l’esclavage moderne [Liban]

Exploitées, souvent abusées, le sort des employées de maison éthiopiennes a empiré avec la crise économique au Liban. Tsigereda Brihanu, elle-même ancienne domestique, les aide à retrouver leurs droits. Et leur pays.

Par Laure Delacloche – Collectif Solvo 
Paru dans Femmes ici et ailleurs #50, juillet-août 2022

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© Laure Delacloche

Elle ne racontera pas tout de son histoire, trop embarrassée par sa naïveté de l’époque. En voici le résumé : à 18 ans, Tsigereda Brihanu, issue d’une famille aisée de commerçant·es, quitte l’Éthiopie et ses études de journalisme pour le Liban. “Les trafiquants m’avaient dit qu’ici je pourrais travailler et continuer mes études. En réalité, je suis devenue domestique”, explique-t-elle. Par chance, elle tombe sur une famille “gentille” qui lui accorde trois jours de congés en trois ans.

Au Liban, le droit de séjour des migrant·es est conditionné à la kalafa, un système qui les rend dépendant·es de leurs patron·nes et les conduit à “faire face à des conditions de travail abusives, comparables à de l’esclavage moderne”, selon l’Organisation internationale du travail ; 250 000 personnes en seraient victimes, dont 76 % de femmes, la moitié environ éthiopiennes, qui subissent aussi des violences physiques, sexuelles et psychologiques.

Tsigereda Brihanu s’enfuit et rejoint l’association Egna Legna Besidet à sa création en 2017. “Quand j’ai compris qu’on pouvait changer les choses, j’ai pris des responsabilités.” Objectif : offrir de l’aide à ses compatriotes et les rapatrier.

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© Bilal Hussein / AP Photo / Sipa

“Nous devons nous soutenir”

En 2021, Tsigereda Brihanu prend la codirection d’Egna Legna : “J’aime redonner du pouvoir aux femmes.” Elle négocie avec les autorités pour assurer le voyage retour aux volontaires et sortir de prison celles injustement accusées de vol par les familles qui les emploient. Entre cinq et dix d’entre elles repartent ainsi chaque mois en Éthiopie.

La crise économique qui frappe le Liban depuis l’été 2019 motive aussi les départs. De nombreuses familles n’ont plus les moyens de payer leurs employées et n’hésitent pas à les renvoyer du jour au lendemain, avec plusieurs mois d’arriérés de salaire.

En janvier, une vingtaine de Kenyanes laissées sans ressources ont campé devant leur consulat à Beyrouth pour être rapatriées. Egna Legna Besidet leur a offert des couvertures, de la nourriture et des vêtements. Tsigereda Brihanu organise aussi de nombreux événements pour rassembler ces femmes au-delà des nationalités. “Nous avons les mêmes problèmes et nous devons nous soutenir.” Aujourd’hui, elle veut reprendre ses études et devenir journaliste. ●