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Femmes ici et ailleurs

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Soraya Melouk : La force et le pouvoir des couleurs

Au sein du Club Femmes ici et ailleurs, nous avons la chance de compter des personnalités exceptionnelles, agissant dans des domaines très divers, en France et bien au-delà de nos frontières.

Poussée par une fascination pour les couleurs, Soraya Melouk trouve sa passion dans la peinture sur le tard et s’efforce désormais de partager ses bienfaits au plus grand nombre.  

Pouvez-vous nous parler de votre parcours vers la peinture ? 

Elle est venue vers moi il y a une dizaine d’années. J’avais ce besoin d’exprimer ma forte attraction aux couleurs en peignant l’abstrait. J’ai d’abord exposé dans mon pays, en Algérie, puis au Maroc et en France. Comme beaucoup d’artistes, j’ai aussi largement utilisé les réseaux sociaux pour partager mon travail. De nombreux témoignages particuliers me revenaient, de personnes qui me décrivaient leurs vives émotions en découvrant mes tableaux, m’expliquaient qu’ils avaient un impact positif sur leur santé, sur leur vie. Ces commentaires ont fait écho à mon expérience de l’hôpital et de ses murs blancs, froids, impersonnels pendant le traitement du cancer de mon père. Ils m’ont aussi beaucoup questionnée : comment agissent les couleurs ? Comment agit une œuvre d’art ? Pourquoi agit-elle ? Je voulais comprendre.

Qu’avez-vous découvert, dans cette quête de compréhension ? 

Je suis remontée jusqu’à Platon qui associait déjà la beauté, l’art à des bienfaits, dans l’Antiquité. Puis je me suis tournée vers la science où j’ai découvert les travaux du neurobiologiste Jean-Pierre Changeux sur les effets des œuvres d’art sur le cerveau. Il nous explique que, pendant la contemplation d’une œuvre, la lumière contenue dans les couleurs agit sur notre cerveau, comme une récompense, en activant l’hormone de la dopamine. C’est ainsi que j’ai découvert la luminothérapie et la chromothérapie. Je réalise alors que l’art, à travers la lumière et les couleurs, agit sur le cerveau, ce qui explique pourquoi mes tableaux ont des bienfaits qui paraissent presque magiques. Je crois aussi que l’eau est capable de recevoir une information et de la transmettre. En peignant, je transmets une intention dans chaque tableau. L’eau contenue dans la peinture va ensuite entrer en résonnance avec l’eau dont vous êtes constitué.e pour vous transmettre cette bienveillance. Mon message va s’imprégner en vous, sans que ni vous, ni moi ne nous en rendions compte. L’art parle à l’inconscient, c’est ce qui le rend thérapeutique, j’en suis convaincue. Certains médecins de Montréal prescrivent même des visites de musée sur ordonnance, vous vous rendez compte ! 

Pourquoi avoir fait le choix de travailler avec des hôpitaux ? 

En ayant pris connaissance de ces éléments, je devais agir et partager mon travail pour faire en sorte que les bienfaits de mes tableaux soient accessibles à tous et toutes. Quand j’offre mes tableaux dans les hôpitaux, je vois leurs effets sur les patient∙e∙s, mais aussi sur le personnel médical, ce qui me conforte dans tout ce que j’ai découvert. C’est vraiment ce qui me passionne, ce qui donne un sens à mon travail. Avoir une âme d’artiste, ce n’est pas être commerçant.e, c’est aimer les autres et vouloir échanger. C’est pourquoi je peins avec des enfants malades, notamment atteints du cancer. En parallèle des dons de tableaux aux hôpitaux d’Alger, de Casablanca et de Marseille, j’ai rencontré une cinquantaine d’enfants avec ce projet “Peinture partage”. Au cours de séances individuelles, je les accompagne pour qu’ils et elles symbolisent leur empreinte à un moment précis. Notre tableau est ensuite accroché dans l’hôpital. En les laissant choisir les couleurs, j’ai constaté que leur inconscient les poussait souvent vers le rouge, la couleur du sang, de la maladie. Beaucoup de jaune aussi, celle du soleil, de l’espoir. Les couleurs véhiculent des messages précis. La peinture m’apprend beaucoup : la patience, à me reconnecter à la nature, à la vie. À travers mon art, j’ai envie de partager cette perception avec tout le monde. C’est ma petite pierre à moi pour construire un monde plus bienveillant. 

Propos recueillis par Anaëlle Borderes, Femmes ici et ailleurs