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Sophia Aram : “Je n’ai pas peur de déranger ou de déplaire” [France]

L’humoriste qui décape depuis près de dix ans la matinale de France Inter retrouve les planches pour son dernier spectacle où elle s’attaque cette fois – vaste programme – au machisme ordinaire. Loin de la scène et des studios de radio, Sophia Aram est aussi une citoyenne engagée pour l’égalité femmes-hommes, la laïcité ou la justice sociale. Elle défend ses convictions, en paroles et en actes. 

Propos recueillis par Sandrine Boucher et Pierre-Yves Ginet
Paru dans Femmes ici et ailleurs #34, novembre-décembre 2019

© Benoit Cambillard

À nos amours est votre quatrième spectacle. Les précédents étaient consacrés à l’école, aux religions et à la montée des extrêmes, pourquoi avoir attendu pour parler de féminisme ?

Oui, cette thématique est arrivée tard, même si je l’évoquais dans mes précédents spectacles. L’affaire Weinstein a été le déclencheur de l’écriture. Nous nous sommes rendu compte que nous en étions encore là. Des gens ont découvert le sexisme avec cette affaire. Sans compter celles et ceux qui disent : “le féminisme n’est pas un sujet… Les féministes sont en train de nous pourrir la vie…” À ces personnes je demande : “Quand une femme quitte un dîner et va traverser la ville seule, est-ce que vous êtes serein·e ?”  Non. Il n’est pas normal de ne pas être libre de se déplacer ou d’occuper l’espace parce que nous pourrions être des proies. Ça suffit. Il fallait répondre. 

Est-ce qu’il n’était pas aussi nécessaire de faire de la pédagogie en matière d’égalité ? 

Très clairement ! Et pour moi aussi. Je suis née en 1973, les générations précédentes se sont battues pour moi. Je n’ai pas eu besoin d’obtenir le droit à l’avortement ou à la contraception. Je me suis sentie fautive de pas avoir eu conscience de tout ce que j’avais reçu, des acquis de ces combats sur lesquels nous aurions dû veiller. Car tout cela est très fragile. Aussitôt au pouvoir, les Bolsonaro et autres réactionnaires prennent des décisions qui remettent en cause les droits des femmes. Il faut aussi que, nous, les femmes, prenions notre part de responsabilités. La lutte contre le sexisme concerne tout le monde. 

D’où aussi votre intervention comme préfacière dans Le féminisme pour les nul·le·s ?

Oui ! Il y a tellement de nul·le·s en féminisme ! Moi-même, j’ai appris beaucoup dans ce livre. Le sujet est vaste, l’histoire est riche, il y a de nombreux courants. En revanche, il n’est pas possible d’être “féministe, mais…” On est féministe, point barre. De la même manière qu’on est antiraciste, point. Il n’y a pas de “mais”. Le mot même, “féminisme”, est souvent questionné. Pour moi, c’est une lutte très concrète pour l’égalité et les droits, mais j’entends aussi des jeunes filles dire : “Je ne suis pas féministe parce que je veux pouvoir m’épiler, parce que j’aime les hommes.” Quelle confusion ! Qu’il s’agisse de poils, de maquillage ou de talons, tant que ce n’est pas une souffrance, une norme imposée, chacune fait ce qu’elle veut. À chacune sa féminité. Et aux hommes qui pensent que le féminisme les empêchera de draguer, je réponds : “Mais draguez autant que vous voulez ! Tant que vous savez entendre un “non”, tout se passe très bien et plein de femmes adorent ça !” 

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