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Dossier : Santé, comment mieux soigner les femmes #1 [France]

Les spécificités de la santé des femmes commencent à peine à être prises en compte, probablement longtemps masquées par une espérance de vie plus longue. Des facteurs biologiques, psychologiques et/ou sociaux sont à l’origine de différences entre les femmes et les hommes dans les prévalences de maladies, leur diagnostic et leur traitement. Les enjeux sont, littéralement, vitaux.

Texte de Sandrine Boucher
Illustrations de Charlotte Rousselle
Paru dans Femmes ici et ailleurs #25, mai-juin 2018

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Pour une fois, une inégalité semble jouer en faveur des femmes : la longévité. En France, les hommes avaient, en 2017, une espérance de vie de 79,5 ans. Les femmes, presque six ans de plus, à 85,3 ans. Elles meurent moins en couches qu’autrefois et elles évitent davantage, même si ce n’est plus autant le cas aujourd’hui, les comportements à risques (tabac, alcool, vitesse en voiture…) et les métiers dangereux. En regardant plus loin dans le rétroviseur, on observe cependant que la longévité moyenne continue à progresser chez les hommes, mais se tasse chez les femmes. L’écart tend ainsi à se resserrer : il était de huit ans en 2007 (respectivement 77,4 et 84,4 ans). Les différences s’amenuisent encore quand il s’agit de l’espérance de vie en bonne santé, c’est-à-dire sans incapacité ou gêne réduisant les activités quotidiennes. En 2015, elle s’établissait à 64,6 ans pour les femmes, soit deux ans de plus que pour les hommes.

Ces chiffres sont stables depuis 2005. Autrement dit, les femmes vivent plus longtemps, certes, mais aussi plus longtemps malades, avec des pathologies invalidantes qui les limitent dans leur vie de tous les jours.

Dans l’histoire, la manière de considérer le corps et la santé des femmes a changé avec les découvertes de la médecine, mais aussi beaucoup avec l’évolution des mœurs. On souligne traditionnellement leur “part animale” (voir en particulier l’hilarante théorie de “l’utérus baladeur” censé être à l’origine des maladies et des fluctuations de l’humeur des Grecques de l’Antiquité), puis, et sans que l’une des visions soit exclusive de l’autre, on les considère comme des êtres intrinsèquement faibles, délicats, souffreteux et fragiles. En tout état de cause “pas pareils”. Muriel Salle, maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’université Lyon 1, souligne : “Dans le discours médical, il y a d’abord l’homme, ensuite la ‘femelle de l’homme’. Il est l’Un, elle est l’Autre. Ce biais de genre, documenté par des recherches américaines depuis le milieu des années 1980, consiste à considérer les paramètres physiologiques des hommes comme la norme à partir de laquelle est évalué l’état de santé des femmes. C’est ainsi qu’ont été et sont encore élaborés les savoirs médicaux et c’est l’une des raisons pour lesquelles les femmes ont été longtemps exclues des essais cliniques. Si elles le sont aujourd’hui en proportion suffisante en France, les stéréotypes les concernant persistent et elles restent considérées comme l’exception à une règle pensée comme masculine.

Pendant longtemps, les problèmes de “bonnes femmes” ont été tout simplement oubliés. Ce retard peine à se combler. Les sciences et techniques font des pas de géants, comme en matière de microchirurgie et de robotique médicale, mais assurer tout simplement que les femmes cessent de souffrir de manière plus ou moins intense une semaine par mois pendant environ quarante années de leur vie semble de l’ordre de l’impossible… Comme il paraît difficile d’envisager que la protection contre le papillomavirus (responsable de cancers de l’utérus et transmissibles sexuellement) ou encore la contraception (avec ses contraintes et ses divers effets indésirables) puissent être des problématiques partagées à peu près équitablement par les hommes et les femmes. Certes, la féminisation des professions de santé conduit à prendre davantage en considération les douleurs gynécologiques, entre autres.

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Cependant, alors qu’une femme sur dix est concernée par l’endométriose, il faut quand même entre huit et dix ans pour que cette maladie soit diagnostiquée.

Encore aujourd’hui, la prise en compte des spécificités de la santé des femmes est balbutiante. “À la différence des États-Unis, avec les Feminist Women’s Health Clinics, ou de la Suisse et de son Dispensaire des femmes à Genève dans les années 1970, le mouvement féministe français n’a pas donné naissance à un ‘mouvement pour la santé des femmes’, au- delà des questions de sexualité et de reproduction”, estime Carine Favier, médecin spécialiste des maladies infectieuses et coprésidente du Planning familial.

L’idée qu’il pouvait être utile de distinguer femmes et hommes en matière de santé est en fait très récente. L’analyse a été parfois tout simplement compliquée par manque de données disponibles. Il a fallu par exemple attendre la loi du 26 janvier 2016 pour que soit rendue obligatoire la présentation par sexe et par secteur d’emploi des statistiques relatives aux accidents du travail, aux trajets et aux maladies professionnelles. Et ce n’est qu’en juin 2016 que la vénérable Académie nationale de médecine s’empare du sujet “parité en santé”.

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