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Santé : Sages-Femmes en campagne

C’est un effet inattendu de la désertification médicale : le manque de médecins généralistes, de gynécologues et la fermeture des petites maternités loin des grandes villes, réaffirment le rôle des sages-femmes. Ces soignantes se retrouvent ainsi, parfois seules, en première ligne pour la santé des femmes. 

Par Justine Coron et Fanny Essiyé
Paru dans Femmes ici et ailleurs #24, mars-avril, 2018

Sur certains territoires, il n’y a tout simplement plus de médecin. Sur d’autres, un·e seul·e. Impossible, ou difficile d’aller consulter ailleurs pour obtenir un deuxième avis ou de changer de praticien·ne si la relation n’est pas satisfaisante avec l’unique professionnel·le de santé du coin. Pas de choix non plus pour les maternités : les futures mères accouchent au plus près. Et, “en cas de pathologie gynécologique ou de souci pendant la grossesse, elles sont transférées encore plus loin. D’ici, Grenoble est à deux heures et demie de voiture, Marseille à trois heures et demie. Les femmes et futures mères se retrouvent ainsi séparées de leur famille”, remarque Véronique Goulet, sage-femme libérale dans les Hautes-Alpes. Les centres de planification familiale manquent dans certains endroits. Le suivi d’une procréation médicalement assistée ou le recours à un avortement peuvent être également compliqués. “Cette année, mon associée et moi voulons justement répondre à ce genre de problématique en faisant une convention avec l’hôpital pour pouvoir pratiquer des IVG médicamenteuses”, explique Hélène Sautriau, sage-femme libérale exerçant à Digne-Les- Bains, dans les Alpes-de-Haute-Provence. 

Sculpture sur l’île de Nami, Corée du Sud. © Evgenia An

Paradoxe de ce monde contemporain qui produit ces déserts médicaux : il redonne à ces soignant·e·s leur rôle ancestral auprès des patientes. “Des sages-femmes sont venues pratiquer les accouchements dans mon village jusque dans les années 1940. Celles-ci avaient une place privilégiée auprès des femmes et chaque bourg possédait son hôpital-hospice-maternité pour celles qui préféraient accoucher hors de chez elle. Puis la médicalisation de l’accouchement est arrivée dans les années 1950. Toutes les maternités réalisant moins de 500 accouchements ont fermé leurs portes et la sage-femme est devenue un être en voie de disparition. Par contre, aujourd’hui, on assiste à un retour de la sage-femme à la campagne”, analyse Amélie Trambloy dans son mémoire En passant par la Lorraine : la sage-femme sillonne les chemins de campagne, soutenu en 2014 dans le cadre de sa formation à l’école de Metz. En un an, trois nouvelles sages-femmes libérales se sont installées dans son périmètre d’étude. 

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