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Femmes ici et ailleurs

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Dossier : Quand je serai grand·e, je serai… #1 [France]

Aux femmes le social, aux hommes la technique… De l’école jusqu’à la retraite, les parcours scolaires puis professionnels des femmes et des hommes se séparent de plus en plus. Pourtant, il existe des solutions aussi multiples que complémentaires pour ouvrir le champ des possibles et progresser vers davantage de mixité dans les métiers. Éducation, transformation du recrutement, construction d’un environnement égalitaire…
Tour d’horizon des outils pour déraciner les clichés.

Dossier de Zoé Sila
Dessins de Chéreau
Paru dans Femmes ici et ailleurs #33, septembre-octobre 2019

La scène est aussi symbolique que banale. C’est le jour du forum d’orientation de la cité scolaire de l’Institution Jeanne d’Arc, à Franconville, dans le Val d’Oise. Dans une vaste salle, des professionnel·le·s présentent leur métier aux collégien·ne·s et lycéen·ne·s qui évoluent entre les stands par deux ou trois. Filles et garçons se croisent sans se mélanger. Les premières se pressent vers les métiers des relations publiques, des ressources humaines, du social et de la santé. Les seconds sont aimantés vers l’armée, la police, les sciences de l’ingénieur·e, la menuiserie, les transports.

Le temps passe, mais cette division du travail perdure. Sur quatre-vingt-sept familles professionnelles recensées par l’Insee, seules treize sont considérées comme mixtes, avec au moins 40 % de leurs effectifs de chaque sexe1. Les femmes occupent moins de 30 % des métiers de l’industrie et de l’agriculture et à peine 10 % de ceux du bâtiment2. Les hommes sont rares dans l’aide à la personne et peu présents dans l’action sociale. En cause, des clichés toujours profondément ancrés. “Même si de plus en plus de parents et de jeunes affirment qu’il n’y a pas de métiers réservés aux femmes et d’autres aux hommes, il y a un véritable écart entre ces discours et le choix personnel”, remarque Valérie Deflandre, conseillère au Centre d’information et de documentation jeunesse (CIDJ). Un choix d’orientation, “c’est avant tout dire qui je suis et qui je veux être”, souligne-t-elle. À l’adolescence, en pleine construction identitaire, se défaire du regard des autres et de représentations intégrées plus ou moins inconsciemment pendant toute l’enfance est difficile.

Et pour celles et ceux qui veulent s’en démarquer, l’intégration sur le marché du travail n’est pas toujours simple. Jennifer Forissier, technicienne de maintenance électrotechnique chez Engie Ineo sait la difficulté à exercer un métier qui pourtant la passionne : “Quand j’interviens en dépannage, on me regarde comme un ovni. Je dois régulièrement prouver mes capacités, utiliser par exemple des termes un peu techniques pour m’imposer.” Une grande confiance en soi est nécessaire, estime-elle. “Dans les secteurs techniques, les femmes sont confrontées en permanence à un soupçon d’incompétence”, confirme Isabelle Collet, maîtresse de conférence à l’université de Genève et spécialiste de la place des femmes dans le numérique.

Soupçon d’illégitimité pour elles, disqualification pour eux

À cela s’ajoutent le plafond de verre et la difficulté à évoluer vers des postes à responsabilité. “Dans les grands groupes, les potentiels sont traditionnellement détectés vers trente, trente-cinq ans, souligne Anne de Cagny, présidente de l’association Femmes Ingénieures. Mais à cet âge, de nombreuses femmes songent à avoir des enfants. Ce n’est pas la bonne période pour mettre un coup d’accélérateur à leur carrière. Et plus tard, elles ont ‘raté le coche’.” Au fil de leur carrière, elles sont aussi incitées à évoluer vers des fonctions de support (marketing, ressources humaines… ), secteur déjà très féminisé. Usées par le besoin de prouver sans cesse leur légitimité, la nécessité de faire un choix entre vie privée et carrière, de nombreuses professionnelles désertent ainsi les postes techniques. Peu à peu, de la scolarité jusqu’à la retraite, le champ des possibles rétrécit. Pour les femmes mais aussi pour les hommes.

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