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Le mot : Parité

Tous les deux mois, La Petite Roberte ramène sa science : souvent énervée, toujours engagée, volontiers caustique, sa mission est d’éclairer les expressions et concepts parfois obscurs pour parler d’égalité femmes-hommes et partager une réflexion féministe sur des mots de tous les jours.

Par La Petite Roberte
Paru dans Femmes ici et ailleurs #44, juillet-août 2021

Dès le début, l’affaire partait pour être compliquée. Le terme de parité vient de ” pair” qui (sans même parler de l’homophonie ”père”) nous conduit dans les contrées exclusivement masculines du très haut pouvoir politique, comme celui des douze pairs de France ou bien, outre-Manche, des pairs d’Angleterre, c’est à dire les Lords1. Le féminin ”paire” est déjà plus rassembleur. ”Pair” désigne le semblable, quand ”paire” associe les semblables (ainsi, les pairs font la paire). En revanche, la paire féminine évoque moins l’autorité que le quotidien (une paire de lunettes), voire le trivial, selon l’expression favorite de Jacques Chirac.

© Daphné Collignon

Le concept de parité en politique a mis très longtemps pour imposer une évidence : les élu·e·s sont des personnes de chair et d’os, pas des idées abstraites et elles et ils ont, entre autres, un genre. Or, dans notre langue, ainsi que dans tout le reste de notre société, le “neutre” est mâle. La philosophe Sylviane Agacinski fait ainsi remarquer que ”l’effacement d’un sexe ne laisse jamais place à la neutralité, mais à l’autre sexe. On ne l’oublie que parce qu’on a déjà placé le masculin et ses modèles à la place de l’universel”. Ainsi, il a fallu plus de cent cinquante ans, à partir de la proclamation en 1789 du principe de liberté et d’égalité des hommes (pas ”des humains” ou l’ambigu ”des Hommes” mais bien ”des hommes”), et près d’un siècle après la création, en 1848, du suffrage dit ”universel”, pour qu’en 1945 les citoyens deviennent aussi des citoyennes et les élus aient une chance d’être des élues. Théoriquement. Sauf que la théorie n’a pas franchi le seuil de la réalité pendant encore un gros demi-siècle. 

La première tentative d’imposer une timide part de 25 % de femmes dans les listes des élections municipales, en 1982, se fait retoquer par le Conseil constitutionnel. La question ”faut-il ou non instaurer des quotas pour progresser vers l’égalité réelle ?” devient un des thèmes favoris des débats politiques (lancez le sujet lors d’un déjeuner familial assoupi, effet et ambiance assurés). Grâce à la mobilisation des unes et des autres, la France parvient enfin, en 1999, à inscrire dans notre Constitution que ”la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives”. Cette réforme ouvre la porte au premier (grand) pas législatif, en 2000, complété depuis par les lois de 2007 et 2013, instaurant la parité aux élections. Du moins pour la plupart 2

Quand les mesures ne restent qu’incitatives, l’égalité ne dépasse pas le niveau des discours de bonnes intentions. La preuve ? Pour les européennes, où la parité s’impose, la France est représentée par trente-neuf femmes et quarante hommes au Parlement de Strasbourg. Dans les fonctions de maire, elle ne s’impose pas : il y a toujours moins de 20 % de femmes élues à la tête des communes… En politique comme en économie et dans tous les autres cercles de pouvoir, la réponse à la question des quotas est donc : oui. Il faut la parité pour faire progresser l’égalité. Peut-être pas en théorie mais, ici, dans la vraie vie. ●

1. Voir les définitions et l’étymologie de ”pair”, ” paire” et ”parité” sur le formidable et indispensable site de référence du Centre national de ressources textuelles et lexicales, www.cnrtl.fr 
2. Lire notamment cette très bonne synthèse sur le site La vie publique, édité par la Direction de l’information légale et administrative, rattachée aux services du Premier Ministre https://www.vie-publique.fr/eclairage/19618-la-parite-politique