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Oum Kalthoum : Une voix, un symbole, l’étendard d’un peuple [Egypte]

Par Emma Ducassou-Pehau
Paru dans Femmes ici et ailleurs #39, septembre-octobre 2020

Elle fut appelée, entre autres, “l’astre de l’Orient”, “la quatrième pyramide”, “la voix du peuple arabe”, surnoms qui disent la place qu’Oum Kalthoum (1898-1975) a tenue dans l’histoire. Souvent comparée à Édith Piaf ou à Maria Callas, la chanteuse égyptienne a hypnotisé le public arabe, depuis le Golfe Persique jusqu’au Maroc, pendant un demi-siècle.

© UPI / AFP

Oum Kalthoum apprend le chant en écoutant son père. Elle est obligée de se faire passer pour un garçon afin de se produire, pendant toute son enfance, dans les villes et villages du delta du Nil. Sa voix au timbre très pur, à la puissance et à l’étendue extraordinaires, fait d’elle une artiste reconnue et recherchée.

Elle interprète alors des chants des meilleur·e·s compositeur·trice·s et poète·sse·s égyptien·ne·s de son temps. À partir de 1937, tous les premiers jeudis de chaque mois, sauf rare exception, Oum Kalthoum se produit au Caire, toujours à guichets fermés. La diffusion en direct du concert par la radio cairote devient un rituel sacré pour les Égyptien·ne·s qui restent l’oreille collée au poste entre vingt-deux heures et le milieu de la nuit, tandis que la vie s’arrête dans les rues.

Le répertoire de la cantatrice comprend aussi bien des chansons d’amour, religieuses, révolutionnaires que nationalistes. Dans les années cinquante, elle interprète ainsi Wallah Zaman ya Silahi (Il y a bien longtemps, mon arme) ; le titre porte le rêve panarabe de Nasser et devient l’hymne de l’éphémère République arabe unie – qui rassemble l’Égypte, la Syrie et le Yémen entre 1958 et 1961 – avant d’être celui de la seule Égypte. Oum Kalthoum gagne un nouveau surnom, celui “d’arme secrète de Nasser” : la diva incarne dès lors la culture arabe et l’unité de tous ses peuples, par-delà leurs différences voire leur rivalité.

En 1967, elle se produit à Tripoli, Beyrouth, Damas, tournée qui mène celle que de Gaulle nomme plus sobrement “la Dame” jusqu’à l’Olympia de Paris. La mort, le 3 février 1975, de cette femme au style iconique, chignon serré et lunettes noires, provoque l’hystérie de ses fans qui forment spontanément un cortège funèbre dans les rues de la capitale pour pleurer l’artiste. En 2001, le gouvernement égyptien crée un musée au Caire en son honneur, témoignage de l’empreinte indélébile qu’elle a laissée dans son pays. Et au-delà. ●