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Oona Layolle : Justicière des mers [France-Brésil]

À la tête de la mission Milagro de Sea Shepherd, au Mexique, Oona Layolle a une obsession : sauver la vaquita, le plus petit cétacé du monde, sur le point de disparaître. En mer de Cortez, au nord du golfe de Californie, la capitaine franco‑brésilienne fait face à la grogne des pêcheurs, au commerce illégal des cartels mexicains et à l’inertie des autorités publiques.

Par Aurélie Darbouret
Paru dans Femmes ici et ailleurs #20, juillet-août, 2017

Oona Layolle Sea Shepherd
© Fabrice Dimier

Réunion d’urgence. Dans le carré du pont inférieur, les équipages au complet du Farley Mowat et du Martin Sheen s’entassent sur les banquettes en skaï. Debout, Oona Layolle expose ses plans aux marins attentifs. “Nous ne devons prendre aucun risque. Nous allons faire des exercices d’entraînements à un abordage de pirates.” La quinzaine de têtes qui opinent sont celles de bénévoles de Sea Shepherd, “le berger des mers”, une organisation qui lutte pour la sauvegarde des écosystèmes marins fondée par Paul Watson. En chef de troupe décidée, la Franco-Brésilienne distribue les rôles et les consignes : “Utilisez les lances à eau. Si les assaillants arrivent à monter à bord, les mécaniciens restent dans la salle des machines. Seul le capitaine parle aux pirates.” Le capitaine, en l’occurrence, c’est elle. Trente et un ans, directrice des opérations des navires de Sea Shepherd, capitaine du Farley Mowat et leader de la campagne Milagro. Et les pirates potentiels ? Peut-être des pêcheurs excédés par le harcèlement des militant·e·s ou encore des émissaires des cartels mexicains envoyés pour laisser le business fleurir en paix. Autant être prudente…

Le scénario de l’abordage ne s’est encore jamais concrétisé. Pourtant, il y en a eu des coups de pression, des face-à-face rapprochés, des courses poursuites. Et pour cause. Voilà deux ans que la chef de mission quadrilingue sillonne les eaux intérieures de la Basse-Californie, au Mexique, pour en chasser les pêcheurs illégaux. Ce n’est pas pour rien que sa mission s’appelle Milagro, “miracle” en espagnol : elle a pour but de sauver la vaquita et les chances de réussites sont très maigres. La vaquita marina, ou vachette des mers, un marsouin au museau de bovin — qui lui vaut d’ailleurs son sobriquet espagnol — est le plus petit cétacé du monde et le plus près de disparaître. Cette espèce endémique de la mer de Cortez, bras marin de l’océan Pacifique qui sépare la péninsule de Basse-Californie du Mexique continental, est en danger critique d’extinction : en février 2017, les scientifiques estiment qu’il en reste une trentaine, contre 60 en 2015 et 200 en 2012. Le président du Mexique est bien venu inaugurer une zone protégée de 13 000 km2 en avril 2015, l’interdiction de la pêche n’a pas fonctionné. Des filets maillants pour le Totoaba, un poisson également en danger d’extinction, continuent d’être posés illégalement. La vessie natatoire de ce dernier, recherchée pour ses vertus prétendument aphrodisiaques, se vend entre 5000 et 7000 dollars le kilo sur le marché noir chinois. Problème : les vaquitas se coincent dans les filets et meurent asphyxiées. 

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