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Femmes ici et ailleurs

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Dossier : Musiciennes hors normes [International]

Elles osent et s’imposent là où il semblait impossible de les trouver, investissant tous les genres musicaux, parfois les plus inattendus. Certaines ont dû fuir leur pays. D’autres utilisent leur art pour défendre les valeurs qui leur sont chères, par leurs mots, leurs notes ou même simplement par leur présence. Brisant les codes, partout, ces musiciennes partagent leur soif de liberté, leur révolte, leurs espoirs et leurs joies. Tour du monde de ces artistes étonnantes et inspirantes.

Textes de Roberta Zambelli
Paru dans Femmes ici et ailleurs #25, mai-juin 2018

musiciennes Dakh-Daughters ukraine
© Sadaka Edmond/Sipa

Connaissez-vous Schumann ? Non pas Robert, mais Clara, son épouse, autrice de plus de quarante œuvres. De ce couple d’artistes allemand du XIXe, l’histoire n’aura retenu que monsieur. Et Mendelssohn ? Pas Félix, mais sa sœur, Fanny. Les deux enfants de cette famille berlinoise, aisée et cultivée, avaient l’un et l’autre les mêmes goûts et aptitudes pour la musique. Félix a pu vivre de son art, alors que Fanny n’a jamais eu la possibilité de faire de sa passion son métier. En juillet 1820, son père lui écrivait : “La musique deviendra peut-être pour lui (Felix) une profession, pour toi elle restera un art d’agrément. Tu ne saurais la considérer comme le but de ta vie et de tes aspirations. Il est permis à Félix d’avoir l’ambition de faire connaître son talent, dont le succès importe à l’avenir. Mais, toi mon enfant, renonce à des triomphes qui ne conviennent pas à ton sexe et cède la place à ton frère.” Pourtant, Fanny Mendelssohn composera plus de 400 pièces, dont certaines ont été intégrées aux œuvres de Félix, qui reconnaîtra d’ailleurs ces “emprunts”.

Avez-vous déjà chanté Joyeux anniversaire devant un gâteau couvert de bougies? Fredonné La Vie en rose ou encore L’Hymne à l’amour? Le premier titre, qui s’appelait à l’origine Good morning to all, a été écrit par deux sœurs américaines, Mildred et Patty Hill, en 1893. Et on doit, entre autres refrains célèbres, à Marguerite Monnot (1903-1961) les deux succès immortalisés par Édith Piaf.

Et aujourd’hui ? En France, entre 1984 et 2016, sur l’ensemble des lauréat·e·s du meilleur album des Victoires de la Musique, on ne dénombre que quatre femmes. Dans le secteur des musiques actuelles, seul un dixième des scènes sont pilotées par des directrices et 97 % des groupes programmés dans les neuf principaux festivals sont composés exclusivement ou majoritairement d’hommes. “Les femmes sont moins récompensées, moins programmées, ont moins accès aux aides à la création, sont moins représentées à la tête d’établissements culturels”, souligne le rapport du Haut Conseil à l’Égalité remis en février 2018 à Françoise Nyssen, ministre de la Culture.

Au-delà de nos frontières, ce n’est guère mieux. Aux États- Unis, seules 12 % des 600 chansons les plus populaires des six dernières années du prestigieux classement Billboard ont été écrites par des femmes.

Ici et là, toutefois, des initiatives encourageantes voient le jour. Du côté des festivals, la donne semble changer. Quarante-cinq festivals de musique, partout dans le monde, se sont engagés à atteindre ou maintenir la parité dans leurs programmations d’ici 2022. Parmi les signataires : le Worldwide Festival à Sète, le BBC Proms de Londres consacré à la musique classique, Borealis en Norvège, dédié aux sonorités expérimentales, le JazzArt festival en Pologne ou encore Iceland Airwaves, rendez-vous rock et électro de Reykjavik. Le Printemps de Bourges a montré l’exemple de son côté , avec une programmation paritaire pour l’édition de cette année, qui a eu lieu du 24 au 29 avril.

Dans ce numéro de Femmes ici et ailleurs, nous avons souhaité mettre en lumière quatorze musiciennes d’aujourd’hui. Certaines reconnues pour leur talent, d’autres non, la plupart inconnues du grand public. Quel que soit le style musical dans lequel on les classe, du blues au trash metal, en passant par la musique classique, le jazz ou la pop, toutes ont comme point commun de faire bouger les lignes, sur scène et souvent bien au-delà. D’élargir les horizons de leurs auditoires. De nous amener à penser un monde plus vaste, riche de tous les possibles, au-delà des clichés. Certaines ont dû s’exiler pour avoir eu la force et le courage de devenir artistes. D’autres n’endurent “que” des critiques, plus ou moins acides. “Renonce à des triomphes qui ne conviennent pas à ton sexe et cède la place à ton frère”. Ces musiciennes hors normes n’ont pas renoncé et ont fait le choix de la liberté.


Ukraine

Dakh Daughters (cabaret punk)

musiciennes Dakh-Daughters ukraine
© Sadaka Edmond/Sipa

Elles mettent en musique les textes de Bukowski, Chevshenko ou Shakespeare en mêlant folklore ukrainien et punk : le résultat est explosif. Formées au célèbre théâtre Dakh de Kiev, les Dakh Daughters sont des musiciennes, comédiennes et danseuses. Le groupe s’est notamment fait connaître pour son engagement politique : leur chanson Rozy / Donbass fut reprise en chœur lors des manifestations de la place Maïdan, à Kiev, entre novembre 2013 et février 2014. Jusqu’à 500000 Ukrainien·ne·s ont alors envahi la ville pour demander l’adhésion du pays à l’Union européenne, que le président Ianoukovytch avait refusé. Le mouvement Euromaïdan aboutira à sa démission et à la libération de l’opposante politique Ioulia Tymochenko. Les Dakh Daughters gagnent alors en popularité et deviennent des figures importantes en Ukraine. Ruslana, une des artistes du groupe, explique ainsi leur inspiration, dans une interview donnée à L’Obs : “C’est dans nos racines que nous puisons notre puissance, notre joie, la force de vivre dans ce pays compliqué.


Indonésie

Voice of Baceprot (trash metal)

musiciennes Voice-of-Baceprot indonesie
© Rony Zakaria/Prospekt

Littéralement, leur nom signifie “la voix du bruit”. Et elles ont le mérite de lui être fidèles. Voice of Baceprot est un groupe de trash metal indonésien formé en 2014 et composé de trois adolescentes. Inspirées par la musique de groupes tels que Rage Against the Machine et Slipknot, elles ont choisi d’utiliser leur musique pour lutter contre les stéréotypes et les discriminations. Dans leur chanson The enemy of Earth is you, elles dénoncent l’intolérance et les discours haineux. Kurnia, la chanteuse et guitariste du groupe, expliquait récemment à The week : “Pour nous, le metal est le moyen d’exprimer notre voix critique. Le metal correspond à la détermination qui est dans nos âmes.” Dans un pays où le poids de la religion est un obstacle à l’avancée des droits des femmes, ces jeunes musiciennes doivent affronter les oppositions des autorités et des menaces de mort. Pas assez pour les empêcher de poursuivre leur carrière.


Yémen

Amaani Yahya (rap)

musiciennes Amaani Yahya yemen
DR

Amaani Yahya, première femme rappeuse de son pays, utilise toutes les palettes de son art pour lutter contre les discriminations envers les femmes. Née dans “le pire pays au monde en termes d’égalité femmes-hommes”, selon le Global Gender Gap Report 2017 élaboré par le Forum économique mondial, elle explique ainsi son engagement au Guardian : “Je voulais être une voix forte pour les jeunes femmes yéménites. J’ai des chansons qui parlent des droits des femmes, du mariage des mineures et de harcèlement sexuel. Les gens doivent comprendre que les femmes ne sont pas nées uniquement pour se marier et avoir des enfants.” La Yéménite débute sa carrière à Sana’a, en 2012. Elle gagne en visibilité très vite, notamment après avoir été filmée par la BBC. D’un côté la notoriété, de l’autre les premiers problèmes. “Les gens ont paniqué : elles et ils ont vu des photos dans lesquelles je ne portais ni le hijab ni l’abaya. J’ai reçu des appels anonymes et des menaces.” Amaani Yahya décide alors de partir du pays. Aujourd’hui, elle continue à rapper et à témoigner de son engagement pour les femmes yéménites, depuis de nombreux autres endroits du globe, mais pas chez elle.


États-Unis

Lizzo (pop)

musiciennes lizzo body positive
© Amy Harris/ AP/Sipa

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