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Menaces sur le droit à l’avortement [International]

Depuis le début de l’année, près du tiers des États américains ont adopté des lois qui restreignent, interdisent ou criminalisent l’avortement. Si l’arrêt Roe v. Wade de 1973 empêche leur entrée en vigueur, la Cour Suprême, où le camp conservateur est désormais majoritaire, pourrait décider de revenir sur ce droit fondamental. En Europe, l’accès à l’IVG est également menacé ou entravé.

Regards croisés, de part et d’autre de l’Atlantique, avec l’Américaine Nancy Northup, présidente du Center for Reproductive Rights, et de la Française Véronique Séhier, coprésidente du Planning familial. 

Propos recueillis par Sandrine Boucher et Aude Stheneur
Paru dans Femmes ici et ailleurs #32, juillet-août 2019

Biographies express

Center for Reproductive Rights Nancy Northup abortion
© Noam Galai/Getty Images/AFP Photo

Nancy Northup, juriste et militante associative, est diplômée de droit de l’université de Columbia. Depuis 2003, elle préside le Centre pour les droits reproductifs (Center for Reproductive Rights). Cette organisation prochoix se bat sur le terrain juridique pour faire avancer ces droits et les faire reconnaître comme des droits humains fondamentaux. Elle agit au niveau des États américains, à l’échelle fédérale mais aussi auprès des organismes internationaux, dont les Nations unies. Sous la présidence de Nancy Northup, le Centre a vu son budget tripler, a multiplié ses actions et ouvert des bureaux à l’étranger.

avortement ivg planning familial veronique sehier
DR

Véronique Séhier a rejoint le Planning familial du Nord en 1978. Elle a intégré ensuite le bureau national de l’organisation, où elle a été responsable de la commission contraception. Depuis 2013, elle en est la coprésidente. Ce mouvement féministe défend le droit à l’éducation à la sexualité, la contraception et l’avortement, milite contre les discriminations liées au genre ou à l’orientation sexuelle, combat les violences sexistes et sexuelles. Véronique Séhier a fait partie du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes de 2013 à 2015. Elle est membre du Conseil économique, social et environnemental.

De nombreux États américains ont récemment voté des lois très restrictives sur l’avortement. Pourquoi maintenant ?

Nancy Northup : Les droits des femmes et l’accès à l’IVG sont des combats constants aux États-Unis. Mais ils se sont intensifiés depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. La nomination de deux juges anti-choix à la Cour Suprême est l’une des promesses de campagne du Président, qui a pour objectif de faire abroger l’arrêt Roe v. Wade, la décision de 1973 qui garantit le droit constitutionnel à l’avortement aux États-Unis. Cette nomination a donné le feu vert aux États pour passer ces lois. 

Véronique Séhier : Ce qui se passe aujourd’hui aux États-Unis couvait depuis longtemps. Avant même l’élection de Trump, les fake news se sont multipliées contre le Planning familial. Ce mouvement antichoix est très bien organisé, largement financé, avec une stratégie qui se déploie jusque sur notre continent, notamment avec la présence de Steve Bannon. 

Mobilisation le 30 mai pour défendre la dernière clinique pratiquant des avortements dans l’État du Missouri, menacée de fermeture par une décision de justice. © Saul Loeb/AFP Photo

Quelle est votre analyse de la situation de notre côté de l’Atlantique ?

V.S. : Les mouvements antichoix, catholiques intégristes, d’extrême-droite et populistes mènent un lobbying intense. Ils ont un programme, Restaurer l’ordre naturel, un agenda. Ils sont derrière les projets de loi restrictifs en Pologne, en Espagne, en Hongrie, où ils ont obtenu d’inscrire dans la Constitution le droit de l’enfant à naître. Ils s’attaquent au droit à l’avortement, à l’éducation à la sexualité, au mariage pour tou·te·s, à la contraception, à l’égalité des genres, qui sont tous des facettes d’un même droit : celui des femmes à disposer de leur corps et de chaque personne à pouvoir vivre sa sexualité librement, sans contrainte ni violence. Or, on le sait et la Hongrie n’en est qu’un exemple : là où les droits des femmes reculent, la démocratie recule.
Aux États-Unis, seize États ont considérablement réduit l’accès à l’IVG depuis le début de cette année. 

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