fbpx

Femmes ici et ailleurs

Un Magazine et un Club 100 % inspiration

Marie-Charlotte Lunay : Se libérer des violences conjugales

Au sein du Club Femmes ici et ailleurs, nous avons la chance de compter des personnalités exceptionnelles, agissant dans des domaines très divers, en France et bien au-delà de nos frontières.

Marie-Charlotte Lunay est avocate à Meaux. Formée en psychologie et victimologie, elle a créé Safe Wife , une plateforme d’accompagnement qui aide les femmes à se libérer d’une relation toxique ou violente. 

Quel est votre parcours ?

Attirée par la psychologie et par la justice, je me suis tournée vers le métier d’avocate, que j’exerce depuis sept ans, à Meaux. Après avoir été dans un petit cabinet, je me suis installée avec une associée avant de créer mon propre cabinet L-AVOCATE. Je suis experte sur la question des violences conjugales, je m’occupe de toutes les procédures et démarches judiciaires qu’une femme peut avoir à mener. Grâce à mon certificat de sciences criminelles et sciences criminologiques, j’ai un bagage en psychologie, en psychopathologie et en victimologie. Ayant connu de manière indirecte les violences psychologiques, j’ai voulu me former sur le sujet en obtenant un Diplôme universitaire sur les violences faites aux femmes.

Pendant le premier confinement, vous avez créé Safe Wife. Comment est né ce projet ?

Depuis un an je travaillais sur l’idée de ce programme d’accompagnement en ligne. Lorsque je recevais des femmes victimes de violences à mon cabinet, je me sentais parfois impuissante, j’avais la sensation d’arriver après la guerre. J’ai voulu mettre en place un outil qui leur permettrait de sortir plus facilement et plus rapidement de l’emprise. En parallèle, j’ai créé un compte Instagram pour amorcer des prises de conscience. J’y diffuse de l’information avec un point de vue plus positif que ce que nous avons l’habitude de voir sur les violences conjugales, avec un angle sur le bien-être, le développement personnel, avec également du juridique et de la psychologie. Je réalise des capsules vidéo et des articles de blog. Je travaille sur l’organisation d’un séminaire et sur un live radio, retransmis sur les réseaux sociaux. Je suis accompagnée sur les différents projets par plusieurs femmes, certaines sont passées par les violences et ont le recul nécessaire pour pouvoir aider grâce à leur propre expérience.

Quel est le profil des femmes que vous visez avec ce programme ?

C’est une plateforme de référence pour les femmes qui se questionnent. Souvent, lors de situations de violences, elles ne savent pas où chercher de l’aide. J’ai voulu cibler les femmes qui n’osent pas aller vers les associations, pensant que ce n’est pas pour elles. Ce sont souvent des femmes qui travaillent, qui ont un statut. J’accompagne les femmes à différents stades de la violence : certaines sont complètement ”dedans”, tandis que d’autres sont encore dans le brouillard. Il ne faut pas rester avec ses questionnements, quand il y a un doute, il n’y a pas de doutes. L’objectif est de toucher de plus en plus de femmes qui sont encore dans le flou, sans poser le mot ”violences” pour ne pas leur faire peur, mais en leur faisant comprendre que ce qu’elles vivent n’est pas normal.  

Quels sont les points clés que l’on retrouve dans le programme ?

Il contient des vidéos que j’ai réalisées, suivant un processus en trois étapes : comprendre, décider et agir, le tout en dix modules. Pour se reconstruire il faut comprendre les violences : pourquoi je suis tombée dedans, pourquoi je n’arrive pas à en sortir, avec le mécanisme du cycle de la violence. Cela nécessite une prise de conscience : la violence ne se résume pas à la femme battue avec un œil au beurre noir. Ensuite il faut décider : surpasser ses peurs pour débloquer la situation, aller au-delà de la honte et de la culpabilité. Ce travail personnel nous mène à la troisième étape du processus : agir. J’y aborde toutes les démarches purement concrètes : déposer plainte, comment se préparer, les procédures avec un·e avocat·e, pour le divorce, les enfants…

Quels retours avez-vous des femmes qui ont suivi ce programme ?

Les retours sont positifs et c’est très gratifiant. Je reçois des témoignages de femmes qui me disent que je leur ai sauvé la vie. Je ne m’attendais pas à l’impact que je pouvais avoir lorsque j’ai créé le compte Instagram. Elles sont nombreuses à me dire que le programme les aide, qu’elles ne se sentent plus seules, qu’elles sont rassurées sur ce qu’elles vivent, qu’elles ne sont pas folles. Les réseaux sociaux sont une mine d’or et un atout. 

Que vous apportent le magazine et le club Femmes ici et ailleurs ?

J’aime beaucoup le magazine, le fait de voir des sujets qui ne touchent pas seulement la France. J’adore découvrir comment le monde fonctionne ailleurs que chez nous, se pencher sur un autre point de vue, beaucoup plus large. J’aimerais aller aux conférences, je trouve ça très intéressant, mais je suis tellement débordée que je manque malheureusement de temps.

Propos recueillis par Emma Gomez, Femmes ici et ailleurs