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Mairead Maguire Corrigan : Faire traire les armes

Le destin de Mairead Maguire Corrigan bascule en 1976 avec la mort d’une partie de sa famille, victime collatérale du conflit nord‑irlandais. Son appel pour la paix soulève des foules en faveur de l’arrêt des combats. Colauréate du prix Nobel de la paix, elle n’a cessé depuis quarante ans d’arpenter le monde pour défendre les peuples opprimés, la non-violence et le désarmement. Retour sur un destin hors du commun.

Propos recueillis par Pierre-Yves Ginet
Paru dans Femmes ici et ailleurs #21, septembre-octobre 2017

Biographie express
Née le 27 janvier 1944, Mairead Maguire Corrigan grandit dans un quartier pauvre de Belfast. Elle devient secrétaire et consacre son temps libre à des actions caritatives au sein d’une association catholique. Le Mouvement des femmes pour la paix qu’elle fonde en 1976 avec la protestante Betty Williams conduit 500 000 manifestant·e·s à descendre dans les rues pour réclamer la fin des violences en Irlande du Nord. Cette mobilisation populaire fait franchir un pas de géant à la résolution du conflit. Les deux femmes reçoivent en 1977 le prix Nobel de la paix, qui leur est attribué l’année précédente. Activiste passionnée de la lutte non violente et du désarmement, Mairead Maguire Corrigan poursuit depuis son combat dans de nombreux pays en conflit (Iran, Irak, Congo, Israël, Palestine…) où elle soutient les militant·e·s pour la paix et promeut le dialogue entre belligérant·e·s. Elle est coprésidente de The Nobel Women’s Initiative et membre de plusieurs organisations pacifistes, dont l’International Peace Council.

© J. Rand/Peace People

Le 10 août 1976, un membre de l’IRA était abattu par les forces de l’ordre britanniques alors qu’il conduisait. Sa voiture a fauché vos deux neveux et votre nièce. Aucun·e n’a survécu. Quelques semaines plus tard, vous, la catholique, et Betty Williams, la protestante, témoin du drame, fondiez le Women’s Peace Movement, qui deviendra plus tard Peace People. À votre appel, des milliers de personnes ont manifesté pour le dialogue et contre les armes. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous mobiliser, malgré le drame personnel que vous traversiez ?

J’ai toujours été impliquée dans la communauté de mon quartier catholique et ouvrier, à l’ouest de Belfast. En 1976, la guerre civile était sur le point d’éclater en Irlande du Nord. Chaque jour la violence montait et le conflit faisait de plus en plus de victimes. Les citoyen·ne·s en avaient assez. Quand les enfants de ma sœur sont morts, j’ai senti qu’il fallait agir, dire stop à cette violence, répéter que nous devions cesser de nous entretuer, que nous pouvions régler le problème autrement. Je n’ai pas fait grand-chose, mais les Irlandais·es étaient prêt·e·s à recevoir ce message de paix et de refus de la violence.

Toujours avec ce recul, quelle a été à votre avis la grande force de ce mouvement collectif ?

D’abord, il portait une parole de vérité. Nous avions un message simple à faire entendre au monde : nous rejetions l’utilisation des bombes, des balles et de toutes les formes de violences. Nous allions nous consacrer à travailler pour la paix et le changement. Nous devions apprendre à vivre ensemble, à régler nos problèmes sans nous entretuer. Le fait que ce mouvement ait été composé à plus de 90 % de femmes, qui n’avaient jamais été politiquement actives, a, je pense, joué. Des milliers et des milliers de personnes se sont mises à manifester dans toute l’Irlande du Nord.

Ce message initial, qui a fait naître les Peace People, a-t-il changé depuis 1976 ?

Pas le moins du monde ! Ce message de non-violence est plus que jamais d’actualité alors que nous observons une escalade de la violence : celle des États, celle des extrémistes, des fondamentalistes et de tant d’autres.
Chacun·e a l’opportunité et la responsabilité d’œuvrer pour la paix.

Le 26 mars 2003, Mairead Maguire Corrigan, sourire aux lèvres, lors de son arrestation à l’issue d’une manifestation pour la paix face à la Maison- Blanche, à Washington. © Jim Bourg/Reuters

De quoi êtes-vous la plus fière, quant aux réalisations des Peace People en Irlande du Nord ? 

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