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Femmes ici et ailleurs

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Dossier : Les féministes ouvrent les vannes #2 [France]

C’est reparti pour un tour. Au cas où vous l’auriez oublié, les féministes sont rabat-joie, frustré·e·s, complotent en faveur d’un puritanisme étriqué après avoir, au passage, coupé les attributs de la virilité à la racine. Bref, elles et ils se caractériseraient par un singulier manque d’humour.

Démonstration du contraire avec une scène du rire de plus en plus engagée pour l’égalité, qui fait se gondoler un public ravi par cette nouvelle vague de l’humour.

Textes de Sandrine Boucher avec Clément Capot, Marie Charvet et Fanny Essiyé
Paru dans Femmes ici et ailleurs #24, mars-avril 2018

Nicole Ferroni

À toute vitesse

Un débit qui cavalcade, une fausse naïveté pour exprimer de vraies révoltes, des histoires drôles à en pleurer. Nicole Ferroni estime “difficile de parler des violences avec humour, de rire à propos de blessures profondes”. Et pourtant, lorsqu’elle s’en empare, l’humoriste sait trouver le ton juste, comme dans sa chronique sur cette femme enceinte qui tombe trop souvent dans l’escalier. Autre tour de force, son billet Chut et fouffe cousue à propos d’excision, qui concluait la matinale de France Inter le 7 février.

© Joel Saget/AFP Photos

L’inégalité femmes-hommes est un bon sujet d’humour, car il tient de l’absurde. Rien de logique, de scientifique, de philosophique ne justifie que la moitié de l’humanité, parce qu’elle porte une foufoune (et donc pas une toute petite portion du gène SRY sur le chromosome Y – petite parenthèse-souvenir de prof de SVT) soit moins considérée. Pourtant, c’est le cas ! Ça en est presque drôle ! Si ça se trouve, les misogynes sont les génies d’un humour incompris”, ironise-t-elle.

Nicole Ferroni donne l’exemple des inégalités salariales dont elle a fait un sketch : “Puisque les hommes sont mieux payés à compétence égale, alors que la seule chose qui les distingue de leurs collègues féminines est un zizi, c’est donc qu’il existe une prime zizi, un surcoût zizi ?
Dans un autre, elle suggère à ceux qui critiquent l’IVG de se transformer en hippocampes et de porter les bébés (encore une parenthèse-souvenir de SVT ?) au lieu de juger les femmes. L’expression machiste qui la met en colère ? “Que des députés sifflent ou caquètent devant une collègue en robe”.

Le trait d’humour féministe qui la fait le plus rire ? Le sketch de Blanche Gardin sur la fellation (“dit ainsi, ça a l’air vulgaire, mais son texte est subtil”). Nicole Ferroni conclut : “L’humour est un bon véhicule pour les idées et puis les sièges y sont confortables !


Océanerosemarie

Humour au poing

Chanteuse sous le pseudonyme d’Oshen, autrice, scénariste, chroniqueuse, actrice et récemment réalisatrice… Océanerosemarie se réclame d’un féminisme militant qu’elle a rapidement décliné sur les planches. “Il est naturel pour moi de mélanger engagement et humour. L’humour est redoutable parce que tu séduis les gens. En riant ensemble, tu peux faire entendre des idées qui ne passeraient pas au premier degré”.

© Magali Bragard

Elle taclait l’homophobie bienveillante dans La lesbienne invisible, Océanerosemarie se paye désormais le racisme bon teint dans Chatons violents qu’elle présente jusqu’à fin mars, à Paris.
Il ne faut jamais oublier l’articulation classe/genre/race. Je défends un féminisme qui analyse l’imbrication de toutes ces dominations : leurs mécanismes sont les mêmes.” Par exemple, “quelle est la liberté de parole d’une salariée précaire harcelée par son patron ?”, s’interroge-t-elle.
Après, je ne pense pas qu’il y ait de sujets tabous. Bien sûr on peut rire de tout. La vraie question est comment on rit. Je suggère humblement de rire ‘avec’ et pas ‘contre’. Il est beaucoup plus irrévérencieux, rebelle et subversif de rire des personnes qui sont au pouvoir que de celles et ceux qui s’en prennent déjà plein la gueule.

Océanerosemarie se souvient d’une blague qu’elle aimait faire en interview : “Les gens pensent souvent : ‘si tu es homo, c’est que tu as été dégoutée des hommes’. Je répondais : ‘Si toutes les femmes abusées sexuellement devenaient gouines, ce serait la teuf pour moi !’ À l’époque, il y avait un grand blanc. Aujourd’hui, après MeToo, tout le monde comprend !

Ce qui l’agace profondément ? L’essentialisation des traits de caractère. “L’idée que les femmes sont naturellement plus douces m’énerve beaucoup. Tout est une affaire de construction sociale. Pourtant, des parents continuent à dire ‘ma fille se comporte différemment de mon fils’ : évidemment puisque tu ne l’éduques pas de la même manière !


Guillaume Meurice

Comique d’investigation

Il se revendique “évidemment féministe”. Et rit encore d’avoir été traité de “salope du système” dans une Manif pour tous. Guillaume Meurice, qui a rejoint l’équipe de Charline Vanhoenacker sur France Inter à la rentrée 2014, déconstruit au quotidien les non-sens ordinaires dans des interviews et micros-trottoirs commentés.

Les incohérences et les contradictions me fascinent. Tout est un bon sujet d’humour, mais le sexisme particulièrement : l’archaïsme et l’hypocrisie de celles et ceux qui veulent que rien ne change sont assez flagrants. C’est Tartuffeland !

© Lionel Bonaventure/AFP Photos

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