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Dossier : Les féministes ouvrent les vannes #1 [France]

C’est reparti pour un tour. Au cas où vous l’auriez oublié, les féministes sont rabat-joie, frustré·e·s, complotent en faveur d’un puritanisme étriqué après avoir, au passage, coupé les attributs de la virilité à la racine. Bref, elles et ils se caractériseraient par un singulier manque d’humour.

Démonstration du contraire avec une scène du rire de plus en plus engagée pour l’égalité, qui fait se gondoler un public ravi par cette nouvelle vague de l’humour.

Textes de Sandrine Boucher avec Clément Capot, Marie Charvet et Fanny Essiyé
Paru dans Femmes ici et ailleurs #24, mars-avril 2018

Une des œuvres au pochoir de l’artiste de street-art Miss.Tic, rue Lepic, à Paris. © Tripelon-Jarry/Onlyfrance.fr/AFP Photos

À Thierry Ardisson qui avait lancé avec un tact particulier à Isabelle Alonso “vous voulez couper les couilles des mecs !”, la militante et autrice féministe avait rétorqué : “Mais qu’est-ce que vous voulez qu’on en fasse ? Elles n’ont d’intérêt que là où elles sont, accrochées aux mecs.” Depuis que les mouvements de défense des droits des femmes existent, c’est le même refrain : ces activistes sont castratrices, rabat-joie, agressives (compléter les cases manquantes), bref tout sauf drôles. Dernière variante en date : les réactions à #MeToo, la déferlante mondiale de dénonciations des violences sexuelles.

Isabelle Alonso, seule en scène dans Et encore… Je me retiens, le 27 mai 2011, au théâtre du Petit Hébertot. © Delalande Raymond/SIPA

En France, la tribune des cent femmes parue le 8 janvier dernier dans Le Monde accusait ainsi ce mouvement de “puritanisme” et d’exprimer une “haine des hommes et de la sexualité”. Qu’importe, semble-t-il, pour ces critiques, l’inventivité et la drôlerie des slogans hissés dans les manifestations de lutte pour l’égalité femmes-hommes depuis “Travailleurs de tous les pays, qui lave vos chaussettes ?” des années 1970 jusqu’au “sans Hermione, Harry Potter serait mort dans le tome 1” des derniers rassemblements.

L’humour est une dimension essentielle du féminisme contemporain, alors même qu’un des préjugés les plus courants prétend qu’il manque cruellement aux militantes. Sans doute faut-il comprendre par là qu’elles ne se délectent pas de propos machistes des ‘mecs lourds’ et des dessins humoristiques qui les dépeignent en mères-la-pudeur”, écrivent Sylvie Chaperon et Christine Bard dans le Dictionnaire des féminismes. Vanessa Starr, stand-uppeuse américaine semi-professionnelle remarque : “Les humoristes qui disent qu’on ne peut plus rigoler sont les mêmes qui font encore les vieilles blagues pourries sur les noir·e·s, les femmes… Eh bien oui : si l’on ne rit pas à tes blagues mon gars, c’est peut-être seulement à cause de tes blagues. Il y a un truc qui m’énerve aussi : d’un côté, on critique l’humour féministe, d’un autre côté plein de blagues se moquent des femmes, mais c’est comme si cela allait de soi et personne ne dit ‘hey, toi, tu es un masculiniste’.

Manifestation lors de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars 2017, à New-York. © Vanessa Carvalho/Brazil Photo Press/AFP Photos

Pour fêter son soixantième anniversaire, le Planning familial a tenu à rassembler un plateau d’humoristes autour d’un seul mot d’ordre : “rire sans entrave”. Se sont ainsi retrouvé·e·s côte à côte nombre de personnalités, d’âges différents, parmi lesquelles l’inoxydable Guy Bedos ou Blanche Gardin, Isabelle Alonso, Antonia de Rendinger. “Il était important de montrer que cette histoire commune se poursuit avec les jeunes générations : nous sommes féministes, nous savons rire et nous savons rire ensemble !”, résume Véronique Séhier, vice-présidente du Planning familial.

Autre forme d’humour militant : celui de Klaire fait GRR. La jeune femme avait reçu un tombereau d’insultes après avoir défendu le droit à l’IVG dans une de ses vidéos sur YouTube. “J’étais… scotchée. Ébahie. Hallucinée qu’on en soit encore là sur ce sujet, que rien n’est gagné. Et puis il y a aussi la violence qui peut se déchainer sur internet. Alors j’ai voulu faire un big-up (Ndlr : encouragement) à toutes les jeunes filles qui se ramassent de la haine, du revenge porn, du harcèlement”, se souvient Klaire. Elle décide de faire “pouet pouet camembert” à tous ces trolls et de “transformer la merde en or” : ces insultes et menaces sont réunies dans un livret, sobrement intitulé DTC. Pour le publier, Klaire lance un appel au financement participatif…
qui dépasse de 4 500 % l’objectif espéré et lui permet de faire un beau big-up au Planning familial avec un chèque de 14 000 euros correspondant aux bénéfices !

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