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Léo Varnier : D’un monde à l’autre [Nouvelle-Calédonie]

Figure du mouvement associatif calédonien et l’une des deux premières élues de la Province Nord, Léo Varnier a contribué à libérer la parole des femmes kanak. Cette personnalité engagée, qui a su jeter des ponts entre les cultures, revient sur son parcours alors que l’archipel se prépare à voter pour le référendum sur l’indépendance, le 4 novembre 2018.

Par Magali Reinert
Paru dans Femmes ici et ailleurs #27, septembre-octobre 2018

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DR

Léonie Varnier est métisse, mais se dit avant tout kanak1 de soixante-huit ans à la personnalité bien campée, marquée par l’histoire de la Nouvelle-Calédonie, est devenue sur ce territoire l’une des figures majeures du mouvement d’émancipation féminine de sa génération. Née au nord de la Grande Terre (l’île principale), elle grandit entre deux mondes. Sa mère est la fille d’un chef coutumier et travaille comme domestique dans une famille “de blancs” du village de Voh. Son père est le fils de la maison. Elle est élevée chez son oncle, dans la tribu de Oundjo. “À cette époque, les Kanak ne pouvaient pas aller à l’école du village, mais la patronne de ma mère m’y a inscrite de force. Je crois que mon engagement date déjà de ce moment-là. J’ai souffert dans cette école de Blanc·he·s, où j’ai été traitée de sale Kanak et de beaucoup d’insultes”, raconte Léo Varnier.

Bonne élève, elle poursuit sa scolarité dans une mission protestante. “Cet enseignement a beaucoup influencé ma vie, mes choix, mon envie d’aider les autres”, souligne Léo Varnier qui sera plus tard la compagne de route d’une élite kanak formée, comme elle, chez les missionnaires. La jeune femme se marie à un “métro” (les Français·es de métropole résidant dans l’archipel), passe les concours de l’administration publique, devient tour à tour éducatrice sanitaire, agent comptable… Lors des “événements”, euphémisme calédonien pour désigner les affrontements violents de 1984 à 1988 (vingt-cinq personnes tuées dans la seule tragédie d’Ouvéa, en avril-mai 1988), elle choisit son camp. La fonctionnaire décide de quitter Nouméa “la blanche” pour rejoindre le nord rural, où la population est en majorité kanak. Là, elle constate le “fossé énorme” entre la capitale et la “brousse” : “un fossé économique, culturel, sociétal”.

Elle se débrouille pour être embauchée par l’administration de la Province Nord, avec un objectif : “J’avais la ferme intention de m’occuper des femmes”. Les accords de Matignon, en 1988, ont conduit à la création de trois provinces, mais sans aucun financement ni structure décentralisés dédiés à la condition des femmes. Qu’à cela ne tienne. “Cela n’a pas été facile. Pendant un an, j’ai changé dix-sept fois de bureau. Entre deux déménagements, je me retrouvais à travailler chez moi ou dans ma voiture. J’ai fait le tour des mairies de la Province où j’ai pris la mesure de la tâche à accomplir.” Ni les élu·e·s, ni sa direction ne comprenaient pourquoi il était nécessaire de s’intéresser spécifiquement à la population féminine. Léo Varnier ne se décourage pas. Elle organise en 1990 le premier grand rassemblement de femmes kanak de la région. Le pari est gagné : plusieurs centaines d’entre elles se retrouvent pendant trois jours pour échanger sur les questions de santé, d’éducation, de travail, sur les violences conjugales ou sexuelles… Dès lors, elle obtient les moyens d’agir.

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