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Leïla Slimani : Le verbe, le sexe et la liberté [Maroc-France]

Lors d’un voyage au Maroc, en 2014, Leïla Slimani reçoit les confidences de femmes sur leur vie amoureuse et sexuelle : l’obsession de la virginité, la difficulté d’aimer, le poids du machisme et de la religion… La lauréate du Goncourt 2016 pour Chanson douce en tire deux ouvrages : un essai et une bande dessinée. Elle dénonce une misère sexuelle massive et un contrôle généralisé du corps des femmes, mais indique aussi les voies de l’émancipation.

Propos recueillis par Julia A.Olmi
Paru dans Femmes ici et ailleurs #22, novembre-décembre 2017

Biographie express
Leïla Slimani nait et grandit au Maroc. Arrivée à Paris en 1999 pour poursuivre ses études, elle est diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris, puis travaille de 2008 à 2012 pour le magazine Jeune Afrique. En 2014, elle publie son premier roman Dans le Jardin de l’ogre, aux éditions Gallimard, qui reçoit un beau succès critique et public. Il est suivi deux ans plus tard de Chanson douce, chez le même éditeur, récompensé par le prestigieux prix Goncourt 2016. Ces deux textes crus et incisifs explorent l’ambiguïté des sentiments et les pulsions des corps, sur fond de critique de la société contemporaine.
En janvier 2017, elle écrit une pièce de théâtre Le ventre des femmes dans le cadre du festival Le Paris des femmes (éditions de l’Avant-Scène). En septembre 2017 sont publiés l’essai Sexe et mensonges, la vie sexuelle au Maroc et le roman graphique Paroles d’honneur (les Arènes). L’actrice et réalisatrice Maïwen a annoncé qu’elle allait adapter Chanson douce au cinéma.

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© C. Hélie/Gallimard

Vous venez de publier deux titres, parus le même jour ; un essai, Sexe et mensonges, la vie sexuelle au Maroc, et une bande dessinée, Paroles d’honneur, l’un et l’autre consacré aux relations intimes dans la société marocaine. Pourquoi cette double édition ?

Sexe et mensonges est en effet un essai, avec des témoignages, mais aussi des analyses personnelles de la situation au Maroc. La bande dessinée permet, elle, de s’adresser à un public différent, notamment les adolescent·e·s qui ne lisent pas beaucoup d’essais, mais qui pourraient être très intéressé·e·s par ce sujet. Et puis la BD apporte une certaine incarnation. Elle nous a permis de donner un visage à ces femmes qui témoignent de manière anonyme et de les faire vivre. Et cela était aussi une belle manière de rendre hommage au Maroc, à la beauté des paysages, à la géographie de ce pays.

Le Maroc est le cinquième pays le plus consommateur de pornographie en ligne… Comment l’expliquez-vous ?

La consommation de contenu pornographique sur internet s’explique par le fait que c’est une manière simple et gratuite d’avoir accès à un “contenu sexuel”, pour des gens qui vivent dans un pays où il n’y a pas de discours sur la sexualité. C’est aussi une manière de se “bricoler” une sorte d’éducation sexuelle.

Les chiffres des avortements clandestins sont effrayants : 600 par jour. Est-ce une autre conséquence des tabous sexuels ?

Le problème des avortements clandestins vient à la fois du manque d’information sur la contraception, des violences sexuelles et de l’impossibilité de parler de sexe autour de soi. Ainsi, bien sûr, de la loi qui régit l’avortement…

Parmi les portraits que vous présentez, il y a Nour, femme indépendante, éduquée, qui a des relations libérées avec des hommes. Pourtant, au fil de son récit, on découvre qu’elle serait prête à se faire reconstruire l’hymen pour pouvoir se marier. Que révèle ce comportement a priori paradoxal ?

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