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Parole d’experte : L’école produit-elle de l’égalité entre filles et garçons ?

En matière d’école, la France est l’un des pays les plus inégalitaires de l’OCDE1. Un récent rapport du Conseil national d’évaluation du système scolaire se demande même si l’école française ne fabrique pas ses propres inégalités. En contribuant à la construction d’identités féminines et masculines stéréotypées, l’Éducation nationale participerait à l’entretien des inégalités entre les sexes. 

Paru dans Femmes ici et ailleurs #18, mars-avril 2017 

DR

Biographie express
Historienne, agrégée et docteure, Muriel Salle est maîtresse de conférences en histoire à l’université Claude Bernard Lyon 1 depuis 2010. Elle est particulièrement investie dans la formation des enseignant·e·s et des professionnel·le·s de santé. Vice-présidente de l’Association de recherche pour le genre en éducation et formation (ARGEF), elle est aussi membre du groupe Genre égalité mixité (GEM) de l’École supérieure du professorat et de l’éducation.

Filles et garçons se côtoient sur les mêmes bancs depuis 1975 avec la loi Haby qui impose la mixité à l’école, que ce soit dans l’enseignement primaire ou secondaire, public ou privé sous contrat. René Haby, le ministre français de l’Éducation nationale d’alors, consacre le principe de la mixité dans une décennie marquée par les mouvements de revendications pour les droits des femmes. Son objectif n’est pourtant pas de promouvoir l’égale réussite des élèves de l’un et l’autre sexe. La mixité est envisagée comme une réponse pragmatique, pour faciliter la vie des familles avec des établissements plus proches de leur domicile.

Ce recours “pratique” à la mixité n’est pas nouveau. De nombreuses écoles primaires rurales sont mixtes dès le XIXe siècle. L’entretien de deux bâtiments – l’un pour les filles, l’autre pour les garçons, et la rémunération d’au moins deux enseignant·e·s, sont une charge financière trop lourde pour nombre de petites communes. On s’est donc très tôt résolu à scolariser filles et garçons ensemble, même si filles et garçons ne recevaient pas le même enseignement, loin s’en faut. Les instituteur·trice·s déployaient alors des trésors d’inventivité pour mettre en œuvre des pédagogies différenciées. Les classes sont souvent à plusieurs niveaux. Chacune et chacun reçoit un enseignement considéré comme adapté, tant à son âge qu’à son sexe et au rôle social que les un·e·s et les autres devront jouer ensuite. 

L’instruction publique, longtemps interdite aux filles, leur réussit désormais mieux qu’aux garçons. En 1861, Julie-Victoire Daubié est la première femme à obtenir le baccalauréat. Depuis 1971, les bachelières sont plus nombreuses que les bacheliers. À tous les niveaux, du primaire à l’université, les filles obtiennent de meilleurs résultats que les garçons. De ce point de vue, l’inégalité entre filles et garçons s’évalue en faveur des premières : elles ont rattrapé un retard pluriséculaire en un temps record. Aujourd’hui, les étudiantes sont majoritaires à l’université, même si elles demeurent minoritaires dans les classes préparatoires, les IUT et les écoles d’ingénieur·e·s. 

Les garçons seraient-ils le nouveau sexe faible de l’école ? La question ne se pose évidemment pas en ces termes. En revanche, l’école, comme le reste de la société, traite filles et garçons de manière inégalitaire. 

© Suzy Hazelwood / Pexels

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