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Dossier : La voix des femmes autochtones : un laboratoire d’idées pour demain [International]

Qu’elles soient Amérindiennes des États-Unis, Kichwas d’Équateur, Peules du Tchad, Sames de Norvège, elles sont en charge des ressources, de l’éducation, de la transmission de leur culture et de leur langue. Les femmes autochtones sont aujourd’hui aux avant-postes dans les communautés. Elles témoignent d’une richesse unique. Peut-être est-il temps de les écouter pour construire le futur avec elles.

Texte de Anne Pastor
Paru dans Femmes ici et ailleurs #51, septembre-octobre 2022

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© Anne Pastor

Biographie express

Depuis plus de 15 ans, la journaliste Anne Pastor porte la voix des femmes autochtones, que ce soit sur France Inter dans la série Voyage en terre indigène ou sur la plateforme documentaire éponyme qui met en lumière des femmes exemplaires. En octobre sortira aux éditions Akinomé le livre La Voix des Femmes autochtones, qui présente près de 40 portraits de femmes dans 16 pays.

Elles ne sont pas reconnues et doivent se battre pour gagner leur place. Pourtant, elles sont plus de 238 millions, 3 % de la population mondiale. “Être femme et autochtone est une double peine ”, souligne Hindou Oumarou Ibrahim, présidente de l’Association des femmes peules autochtones du Tchad. Citoyennes de troisième classe, elles subissent davantage de discriminations et, selon ONU Femmes, une sur trois sera victime de viol au cours de sa vie. Des violences systémiques qui puisent leurs racines dans le colonialisme et le système de domination patriarcale. 

Au Canada, les femmes autochtones des peuples algonquins, hurons, mohawks ou autres, ne jouissent pas des mêmes droits que leurs concitoyennes. Elles sont plus pauvres et plus vulnérables. En 30 ans, au moins 4 000 d’entre elles ont été assassinées ou ont disparu, mais seuls 1 182 cas sont officiellement répertoriés. 

En 2015, après les révélations des abus perpétrés dans des pensionnats autochtones, le Premier Ministre Justin Trudeau promet d’ouvrir une nouvelle ère pour les Premières Nations. Les commissions d’enquête lancées alors évoquent un “ génocide ” et concluent que les femmes sont victimes de violences systémiques de la part des services publics. Un plan d’action national est mis sur pied, 21 milliards de dollars sont octroyés aux communautés : la route sera longue, pour la reconnaissance des droits des Premières Nations.

Dans ce combat, les femmes sont nombreuses à se mobiliser, pour enrayer l’oppression, la discrimination et l’assimilation.

Autochtone, du grec “issu du sol même”

Les autochtones sont les premier·es habitant·es d’un territoire. Ces populations représentent 476 millions de personnes réparties dans plus de 90 pays. Les autochtones vivent avec leur langue, leurs croyances, leur vision du monde, leurs savoirs. Mais ces peuples sont une minorité menacée, leurs droits sont bafoués, leurs terres convoitées et leurs traditions méprisées. 

Au cours des vingt dernières années, la reconnaissance des droits des peuples autochtones a fortement progressé, comme en témoignent la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones en 2007 ou l’instauration de l’Instance permanente des Nations unies sur les questions autochtones, en 2000. Mais nombreux encore sont les pays à ne pas les reconnaître officiellement, à commencer par la France. 

L’impératif de la justice 

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© Patrick Bard

Victime et fille de victime de violences sexuelles, Fanny Wylde est directe : “Une femme autochtone qui n’a pas vécu de violences, c’est l’exception.“ Première avocate algonquine du Québec, elle a quitté sa communauté, au nord-ouest de Montréal, puis suivi cette voie professionnelle pour pouvoir un jour dire à sa fille que “ce n’est pas parce qu’elle est autochtone qu’elle doit subir la violence ”. Membre de la commission d’enquête sur les femmes disparues et assassinées, elle recueille les témoignages. “Cette enquête devait nous amener à émettre des recommandations, mais aussi à offrir ne serait-ce que le début d’une guérison à ces familles et ces survivantes.

À la suite de ce mandat, la jeune juriste décide de s’installer à Chibougamau, dernière ville avant les territoires du Grand Nord, comme avocate au bureau de l’aide juridique. Elle siège dans les cours itinérantes de la nation cree et propose une vision globale de la justice. Procureure au sein de 31 communautés autochtones du Québec, elle avait déjà porté des initiatives de “justice arctique”, pratique millénaire des Inuit·es qui privilégient l’entente et la réparation directe, plutôt que les peines d’emprisonnement, celles-ci n’empêchant pas la récidive. La justice est pensée ici pour prendre soin des victimes, mais aussi des accusé·es.

Et Fanny Wylde de citer en exemple une thérapie en forêt “pour retrouver son identité et guérir de ses blessures d’enfance à travers les rites ancestraux ou la transmission des valeurs de nos ancêtres ”. Les résultats sont très positifs selon l’avocate algon­quine, “le taux de récidive est réduit de moitié au Québec”. Aujourd’hui, l’Europe s’inspire de ce modèle. Depuis 2014, la France propose 56 programmes de justice réparatrice. Dans la maison centrale de Poissy, dans les Yvelines, des espaces de parole sont créés, permettant la rencontre de condamné·es et de victimes, qui ne sont pas impliqué·es dans les mêmes affaires, mais qui peuvent échanger sur les conséquences d’une infraction. 

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Le 14 février 2022, à Vancouver (Canada), 31e Marche commémorative annuelle des femmes, en l’honneur des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées. © TJennifer Gauthier:Reuters

Des initiatives éparses, partout sur la planète 

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