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Parole d’experte : La sexualité est-elle une charge pour les femmes ?

Gestion de la contraception, travail sur leur apparence, disponibilité émotionnelle… Les femmes fournissent un important travail invisible en amont et lors des rapports sexuels, pourtant considérés comme naturels et spontanés. Décryptage par Cécile Thomé, sociologue et spécialiste du genre et de la sexualité.

Propos recueillis par Sandrine Boucher et Aude Stheneur
Paru dans Femmes ici et ailleurs #40, novembre-décembre 2020

DR

Biographie express
Cécile Thomé est sociologue, spécialisée dans les recherches sur la santé, le genre et la sexualité. Elle est l’autrice de plusieurs articles scientifiques sur l’usage du préservatif et la charge de la contraception. Elle a soutenu en 2019 une thèse intitulée La sexualité aux temps de la contraception. Genre, désir et plaisir dans les rapports hétérosexuels (France, années 1960 – années 2010), à l’École des hautes études en sciences sociales (Ehess). Elle est actuellement post-doctorante au sein de l’Institut national d’études démographiques (Ined), où elle développe une recherche sur le poids du rapport au corps et à la santé dans les choix contraceptifs des jeunes femmes, en France.

Pourquoi le désir dans le couple peut-il être considéré comme une charge pour les femmes ?

Le désir sexuel entre hommes et femmes est pensé comme quelque chose de naturel, spontané, qui nous dépasse. Or, le désir relève de rapports sociaux qui, en matière de sexualité, sont des rapports très genrés. Il y a des conditions d’expression du désir pour permettre cette sexualité “spontanée”, conditions qui reposent sur un travail des femmes. Lors de mes enquêtes, une femme m’a raconté : “Mon mari m’a dit qu’il avait adoré faire l’amour de manière spontanée la dernière fois. Pour cela, j’avais réservé la babysitter, réservé le restaurant, je m’étais épilée, maquillée… Donc oui, c’était très spontané !” Il est demandé aux femmes de “faire des efforts” pour entretenir ce désir. Les magazines féminins sont pleins d’articles qui expliquent comment “rallumer la flamme” au sein du couple. Vous ne trouverez pas l’équivalent dans la presse masculine. Entretenir le désir de son partenaire ferait partie de l’entretien domestique, comme entretenir sa cuisine. Or, nous savons que le désir diminue avec les années dans les couples hétérosexuels, notamment avec l’arrivée des enfants. Avoir une relation conjugale où il n’y a plus de sexualité, c’est potentiellement problématique. Il faudrait réussir sa vie de couple comme on réussit sa vie dans les autres domaines. C’est une vraie souffrance pour les femmes, car il est attendu d’elles de faire en sorte de maintenir le désir pour que le couple fonctionne.

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