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Femmes ici et ailleurs

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Reportage : La piste aux étoiles libres [Népal]

Libéré·e·s de la condition d’esclave dans des cirques indiens, ces rescapé·e·s ont intégré le premier et unique cirque du Népal. Spectacles, sensibilisation à la traite et au trafic d’enfants, lutte contre les préjugés sur le cirque – synonyme là-bas de “mauvaise vie” –, la compagnie Circus Kathmandu ne néglige aucun combat.

Textes et photographies de Fabrice Dimier
Paru dans Femmes ici et ailleurs #30, mars-avril 2019 

Publication et production conjointes Femmes ici et ailleursAxelle, magazine féministe belge en langue française (www.axellemag.be).

Sheetal, Saraswati et Dolly improvisent une figure portée avec des cerceaux dans le quartier de Thamel, au cœur du centre-ville très touristique de Katmandou. Le regard des passant·e·s, surpris·es de cette performance, est cependant plus tolérant que celui généralement porté par les Népalais·es sur le cirque.

Les trémolos d’une chanson pop hindi font vibrer les vitres du gymnase. Dans cet espace poussiéreux du sud de Katmandou, la capitale népalaise, Saraswati* et Sheetal* improvisent un duo aérien au trapèze tandis qu’une troisième jeune femme, Dolly*, repousse les limites de l’élasticité humaine. La sueur perle sur les corps éprouvés par la mousson autant que par cette longue matinée d’entraînement. La troupe se réfugie bientôt près de l’unique ventilateur pour manger ensemble un dal bhat, plat typique népalais composé de riz blanc et d’un bol de soupe aux lentilles. Ici, les artistes partagent tout. Et certain·e·s ont aussi une histoire en commun. Les trois femmes, ainsi que Bijay, à la fois acrobate et directeur artistique, ont été vendu·e·s, enfants, à des cirques indiens. Comme 350 enfants népalais·es depuis 2002, elles et ils ont pu être libéré·e·s de leur état d’esclaves. Aujourd’hui indépendant·e·s, ces artistes ont participé à la formation du premier cirque du Népal, en 2010.

Au début, nous animions des ateliers de cirque à visée thérapeutique dans un foyer de réhabilitation pour les rescapé·e·s du trafic d’enfants”, explique Robyn Simpson, chorégraphe et cocréatrice de la troupe. Ensemble, avec Sky Neal, anthropologue, documentariste et éducatrice, elles valorisent les compétences acquises par ces jeunes pour les faire avancer sur le chemin de la reconstruction. Le déclic se fait avec cette interrogation, récurrente, exprimée par la majorité des enfants : “Que vais-je devenir sans le cirque ? Je ne sais faire que ça. Je n’ai que ça.” C’est ainsi que naît Circus Kathmandu (CK), une troupe aux origines et motivations uniques.

Prévenir le trafic d’enfants

En plus de leurs prestations artistiques, les sept membres sont engagé·e·s dans des actions sociales : interventions dans les communautés rurales et dans les hôpitaux ou les foyers de Katmandou, formation au cirque. Elles et ils témoignent aussi de leurs expériences indiennes sous forme de contes. “Prévenir le trafic d’enfants, mais aussi tenter de changer les mentalités vis-à-vis du cirque sont des missions importantes pour nous, explique Sapana Suba, coordinatrice principale de l’organisation. Autant que les représentations et performances scéniques qui permettent d’assurer la subsistance de la compagnie.” Si CK reste aujourd’hui encore l’unique cirque népalais, c’est essentiellement parce que les circassien·ne·s sont stigmatisé·e·s dans ce pays. Les femmes en particulier. Tout se passe comme si ces victimes de la traite des êtres humains n’en restaient pas moins “coupables de mauvaise vie” aux yeux des Népalais·es. Un monde de préjugés à combattre, auxquels s’attaquent les membres de CK avec une volonté décuplée par leur propre expérience.

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