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Femmes ici et ailleurs

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La collection “Les Plumées” réhabilite les autrices oubliées

Dès la couverture du dépliant, le ton est donné : la collection Les Plumées entend “retrouver, rééditer, réhabiliter les œuvres du matrimoine”. Réhabiliter celles qui ont été allègrement pillées, dénigrées ou tout simplement passées sous silence. Noble et vaste tâche que s’est donnée la jeune maison d’édition Talents Hauts. Elles furent nombreuses, ces femmes de lettres, à être privées de la reconnaissance qui leur était due, et plus nombreuses encore au 19e siècle. Qui connaît Le Monstre (1824) de Camille Bodin, un roman censuré dès sa sortie qui pourrait figurer en bonne place aux côtés des œuvres du Divin Marquis (Sade) ?

C’est à cette époque qu’émerge une véritable littérature par les femmes. Son apparition coïncide avec l’essor de l’industrie de la presse, laquelle employait et exploitait des cohortes “d’ouvrières en feuilleton”, pour reprendre l’expression de Han Ryner (auteur du Massacre des Amazones). Par nécessité ou par goût, les femmes publièrent. Considérées comme une menace pour l’ordre et la morale établis, celles que l’on traitait de “bas-bleus”1 insufflèrent un nouveau lyrisme à la poésie et au roman.

On ne s’étonnera donc pas si la Belle Époque (1871-1914) est la mieux représentée dans la collection Les Plumées. Le choix des titres réédités semble illustrer la place des femmes dans la société de l’époque. L’Enfance d’une Parisienne2 de Julia Daudet, plume et correctrice de son célèbre époux Alphonse Daudet, coexiste avec Isoline de Judith Gautier, dont on a oublié les traductions en français de contes chinois et japonais. La veine sociale n’est pas non plus oubliée : Marguerite Audoux est présente avec Marie-Claire et L’Atelier de Marie-Claire3, impeccablement préfacés par Bernard-Marie Garreau. On redécouvre aussi ce curieux roman de Marie-Louise Gagneur, Trois sœurs rivales, une remise en question de l’institution du mariage et des valeurs de la société bourgeoise du moment.

Chacun de ces titres est précédé d’une préface fort bien documentée qui expose contexte historique et biographique. Bel objet pédagogique, on peut aussi découvrir le 17e siècle avec Le Vieillard amoureux de Françoise Pascale ou le 18e siècle avec la première version moderne du conte La Bête et la Bête, signée par Gabrielle-Suzanne Villeneuve.

Comment ne pas applaudir l’initiative de cette jeune maison d’édition de rendre visible ces littératrices, participant ainsi au remodelage de l’histoire littéraire jusque-là férocement androcentrée… Mais quelle sera la prochaine réédition ? Car, elles sont encore nombreuses les femmes de lettres à mériter une republication et reconnaissance posthume…

Nelly Sanchez, membre du Club Femmes ici et ailleurs, Périgueux

Nelly Sanchez est enseignante et docteure en Lettres. Elle étudie la littérature féminine française de la Belle Époque (Marcelle Tinayre, Anna de Noailles, Renée Vivien…). Elle a notamment publié Les Lettres de Camille Delaville à Georges de Peyrebrune (1884-1888). Elle est aussi éditrice, collagiste et illustratrice.

Ce blog collaboratif est une plate-forme réservée aux membres du Club Femmes ici et ailleurs. Chacun·e a la possibilité de partager dans cet espace ses témoignages, autour de femmes ou d’événements l’ayant particulièrement inspiré·e. Ces contenus n’engagent pas la rédaction.

1. L’expression “bas-bleu” désigne – avec une connotation négative – une femme qui a des prétentions littéraires.
2. Dans cette œuvre, Julia Daudet évoque les souvenirs de son enfance : les fêtes de famille, la fuite à la campagne lors d’une émeute, l’épreuve d’une rougeole, les promenades, la découverte des livres ou encore une visite au grenier de la maison de campagne familiale.
3. Ce roman conte l’enfance de Marie-Claire. À la mort de sa mère, Marie-Claire est placée à l’orphelinat. Dès quinze ans, elle est forcée de devenir bergère alors que celle-ci rêvait d’être modiste.Après quelques années, elle décide finalement de monter à Paris pour tenter sa chance. L’Atelier de Marie-Claire est le second tome des aventures de cette jeune héroïne. Devenue ouvrière parisienne : elle vit dans une chambre de bonne et travaille dans un atelier de couture.