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Femmes ici et ailleurs

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Reportage : La belle conquête des femmes [France]

Autrefois abri des écuries royales, l’Académie équestre de Versailles, dirigée depuis 2003 par Bartabas, compte uniquement des écuyères. Une exception à ce niveau d’excellence de l’équitation classique, où ces femmes fières de leur parcours font un pied de nez au destin de ces lieux, à l’origine créés pour que de jeunes garçons deviennent des “gentilshommes”.

Texte de Louise Bernard
Paru dans Femmes ici et ailleurs #41, janvier-février 2021

Fanny Lorré et Dounia Kazzouf travaillent avec leurs montures sur le dernier tableau proposé par l’Académie équestre de Versailles. © Julien Faure

Même sous la pluie grisâtre d’un matin d’automne, le lieu est spectaculaire. En arc de cercle, le bâtiment construit en 1682 par Jules Hardouin-Mansart fait face au château de Versailles ; pendant longtemps, ils formèrent un tout. Sous Louis XIV et jusqu’en 1789, la Grande écurie a, au gré d’une histoire assez chaotique, accueilli notamment l’école des pages du roi, abrité plus de deux mille chevaux et incarné la tradition équestre de l’école de Versailles, c’est-à-dire la référence du dressage dit à la française. Ensuite, les lieux ont servi de stockage, d’archives ou de bureaux, quand ils n’étaient pas tout simplement à l’abandon. Jusqu’en 2003, lorsque le château de Versailles décide de confier à Bartabas le soin de faire revenir des chevaux dans ce cadre prestigieux.

Avec son théâtre Zingaro, fondé en 1984, l’écuyer et metteur en scène (entre autres) a entièrement renouvelé l’art du spectacle équestre. À cette époque, cela fait déjà près de vingt ans qu’il crée des spectacles mêlant la musique, la danse et la comédie à l’art équestre, et sa réputation dépasse largement les frontières. Les projecteurs se braquent à nouveau sur lui lorsqu’il fait entrer dans les anciennes écuries de Versailles des chevaux lusitaniens crème aux yeux bleus, qui ont participé à Triptyk, spectacle de Zingaro, sa troupe nomade basée au Fort d’Aubervilliers. L’écart entre les deux univers est surprenant et le projet hors normes : créer un ensemble composé à la fois d’une compagnie de spectacle et d’une école, où les élèves progressent tant en matière d’équitation académique que dans d’autres activités – danse, chant, escrime, tir à l’arc japonais – pour disposer d’une formation artistique complète.

Les cavalières prennent des cours avec Laure Guillaume, leur coordinatrice pédagogique. © Julien Faure

Unique en France

Dans ces bâtiments ayant incarné une tradition de l’équitation classique française masculine, l’équipe artistique est exclusivement constituée de femmes, ce qui est unique à ce niveau d’exigence. L’Académie équestre de Versailles compte ainsi aujourd’hui huit écuyères. Laure Guillaume et Charlotte Tura sont les deux « titulaires ». À Versailles depuis respectivement dix-sept et douze ans, elles maîtrisent les arts qui y sont pratiqués et transmettent leur savoir aux six “aspirantes” en formation : Margot Réault, Dounia Kazzoul,

Delphine Berthier, Salomé Belbacha-Lardy, Fanny Lorré, Nina Moulin-Krumb. Coordinatrice pédagogique du groupe, Laure Guillaume a la charge de l’équipe au quotidien et des cours à cheval. À bientôt cinquante ans, elle travaille avec Bartabas depuis qu’elle en a vingt. “C’est un parcours de vie.” Rejoindre la troupe de Zingaro, après s’être installée à Paris pour devenir comédienne, a été pour elle “une évidence : j’y ai trouvé un idéal artistique, une esthétique de vie avec ces gens, marginaux, qui ont choisi de vivre ensemble”. Elle a ensuite pris part au projet d’académie équestre dès sa création, découvrant à Versailles “ce qu’elle aurait voulu avoir quand elle avait dix-huit ans”.

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