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Femmes ici et ailleurs

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Krystell Lebrun : Sensibiliser au cancer du sein et donner espoir aux malades

Au sein du Club Femmes ici et ailleurs, nous avons la chance de compter des personnalités exceptionnelles, agissant dans des domaines très divers, en France et bien au-delà de nos frontières.

Comédienne et metteuse en scène à Paris pendant plusieurs années, Krystell Lebrun s’est réorientée dans la communication puis le droit, à Nantes. Atteinte d’un cancer du sein depuis quatre ans, elle a fondé l’association L’Art en mon sein.

À partir du 18 septembre 2021, son exposition photographique et textuelle Aparté Portraits Croisés, montée en partenariat avec Camille Saada et Bénédicte Lacroix, sera accessible à la médiathèque de Carquefou, puis à la clinique Jules Verne de Nantes dès le 19 octobre.

Propos recueillis par Stella Brunet avec Clara Pastor, Femmes ici et ailleurs

© Cathy Marion

Comment vous êtes-vous lancée dans la sensibilisation au cancer du sein ?

Le cancer du sein m’a été diagnostiqué à la naissance de mes jumeaux. À l’exception de la mastectomie, j’ai tout eu : chimiothérapie, rayons, herceptin et hormonothérapie. À l’été 2020, après cette épreuve de dix-huit mois, et alors que je m’apprêtais à lancer un nouveau projet en tant que créatrice de cérémonies laïques et officiantes, j’ai appris que j’étais en récidive. Passé le choc de l’annonce, j’ai décidé de mettre en place des actions pour aider mes sœurs de combat, mais aussi mes frères, parce que le cancer du sein touche entre 500 et 1000 hommes par an. Je voulais m’engager dès mon premier cancer, mais ne savais pas encore comment, et entre la fatigue causée par la maladie et mes nouveau-nés, c’était compliqué d’établir le projet, que je voulais artistique. Alors à la récidive, j’ai tout de même réussi à monter mon association L’Art en mon sein, en juin 2021.

Quelles actions menez-vous ?

L’Art en mon sein propose des ateliers de théâtre, d’écriture et de photographie aux personnes touchées, ou qui ont été touchées, par le cancer du sein, ainsi qu’à leurs proches. Les femmes qui franchissent la porte de l’association ont entre trente et soixante ans. Les personnes plus âgées n’osent pas encore venir, parce qu’il y a, je pense, une difficulté à se livrer, liée à leur éducation. Ces trois disciplines artistiques sont un art de la transmission. Par exemple, en écriture, nous posons nos mots sur papier, nous structurons notre pensée et libérons notre esprit. Nous écrivons à partir d’une photo, d’une musique ou d’une peinture, et parfois, nous mettons en place des exercices plus techniques, comme réaliser un poème en alexandrin, avec de réelles contraintes littéraires. Cela nous permet de lâcher prise, et surtout, de laisser libre cours à notre imaginaire et de nous évader. Nous le faisons dans une atmosphère conviviale. Je participe toujours, je ne suis pas seulement encadrante. Cette association ne propose pas une thérapie au sens médical, mais permet de sortir du cadre de la maladie. Parallèlement, nous montons des opérations de sensibilisation sur le cancer du sein, toujours sous un angle artistique. C’est ainsi qu’est née Aparté Portraits Croisés. Camille Saada et Bénédicte Lacroix, photographes, se sont jointes à moi pour créer une exposition photographique et textuelle. Je suis convaincue que les disciplines artistiques peuvent apporter autant de bien être que le sport ou des ateliers de bien-être.

Quel est le sens de cette exposition ?

Pour cette première exposition, nous souhaitons sensibiliser au cancer du sein et surtout montrer la personne, et pas la malade. D’où le slogan de notre exposition, « Derrière la maladie il y a l’humain », avec tout un plein d’émotions qui les traversent. Nous n’avons pas envie, pour la plupart, d’être définies en tant que malades, bien que notre quotidien de cancéreux·se nous le rappelle souvent. Nous sommes en vie, nous avons donc besoin de vivre et nous sommes traversé·e·s par de nombreuses émotions. Parfois, nous allons très bien, et d’ailleurs, sur nos photos, nous voyons des femmes rayonnantes, même avec un ou deux seins en moins, avec l’absence de cheveux ou de sourcils. Les femmes sont belles, féminines, heureuses, ce n’est pas incompatible avec le cancer du sein. Cette exposition est donc aussi destinée aux personnes touchées par le cancer, pour leur donner espoir de vivre à peu près correctement.

Comment avez-vous travaillé en équipe pour réaliser Aparté Portraits croisés ?

Nous avons monté cette exposition à trois. Nous avons réalisé des portraits croisés, ce qui signifie que chacune d’entre nous a porté un regard sur la femme photographiée. Nous avons croisé nos savoir-faire pour parler du cancer du sein. C’était un peu un travail journalistique de recueil d’informations. Nous nous sommes entretenues en équipe avec chaque femme, individuellement, afin de préserver leur intimité. À partir des confidences de chacune, les photographes ont, indépendamment l’une de l’autre, créé leur idée de portraits en accord avec les personnalités et ont « shooté » au printemps 2021. Nous avons créé des “mises en scène” pour les révéler. Puis j’ai rédigé un texte sous une forme littéraire différente pour chaque participante, en fonction de ce qu’elle dégageait. La plupart de nos modèles viennent de la région nantaise, de Loire-Atlantique et de Vendée ou Bretagne, hormis deux personnes qui vivent dans les Landes et en Normandie. Nous les avons rencontrées sur Instagram, après avoir posté une annonce, et via la clinique Jules-Verne de Nantes où une infirmière a relayé notre recherche de modèles. Nous avons été victimes de notre succès, et avons dû sélectionner onze femmes selon l’ordre de réponse à l’annonce.

Était-ce une volonté d’exposer pour Octobre rose ?

À la base, nous voulions créer un événement pour Octobre rose. Cependant, nos portraits ne seront pas exposés uniquement pour ce mois de sensibilisation. Le but d’Octobre rose étant d’informer sur la maladie, il y a aura également, durant l’exposition, une rencontre, afin de parler du cancer du sein. Je serai présente aux côtés de certaines modèles, ainsi que de la docteure Anne-Sophie Oger, marraine de l’association. Elle est chirurgienne spécialiste en oncologie du sein et de l’utérus à la clinique Jules Verne, et parlera de l’aspect médical du cancer du sein.

Comment souhaitez-vous développer L’Art en mon sein ?

C’est une association toute jeune, elle a à peine trois mois et ne vit que de dons et de partenariats. Les deux intervenantes photographes et moi-même, sur la partie texte et théâtre, sommes toutes bénévoles, et avons donc une vie professionnelle à gérer en parallèle. Tout comme la maquilleuse et la fleuriste, à qui nous avons fait appel pour les besoins de mises en scène lors des shootings. Mais nous avons plusieurs projets de sensibilisation, dont la création d’un livre de photographies, réalisées par les personnes atteintes d’un cancer du sein elles-mêmes. L’idée serait qu’elles racontent leur combat contre la maladie à travers leur propre photographie. Une nouvelle photographe, Estelle Offroy, nous rejoint donc pour les former. Le second projet serait l’élaboration d’un spectacle joué uniquement par des personnes malades.

Que vous apportent le magazine et le club Femmes ici et ailleurs ?

Je trouve les reportages très intéressants, j’apprécie le fait de parler de femmes du monde entier. Je ne suis pas une féministe militante, mais je pense qu’il y a énormément à faire pour l’égalité et la place des femmes.