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Hommage à Hélène de Beauvoir, artiste-peintre féministe engagée

A l’occasion de l’anniversaire de la naissance d’Hélène de Beauvoir, Claudine Monteil, militante féministe, amie et biographe de Simone de Beauvoir, nous avait proposé ce texte.

Nous célébrons le 6 juin 2020 le cent-dixième anniversaire de la naissance d’une militante féministe souvent oubliée, Hélène de Beauvoir, sœur cadette de Simone de Beauvoir, artiste-peintre qui a laissé trois mille tableaux et gravures exposés dans le monde entier. Son œuvre a fait l’objet en 2018 d’une superbe rétrospective au musée Würth d’Alsace.

Hélène de Beauvoir à 85 ans dans son atelier de Goxwiller

Hélène de Beauvoir déclarait : “Une journée sans peindre est une journée perdue”. Petite fille, pendant que Simone écrivait, elle peignait. Lorsque Simone rencontre Sartre, celui-ci considérera Hélène sa vie durant comme un membre de sa propre famille. En 1936, à 25 ans, elle réalise sa première exposition, avant que Sartre et Simone de Beauvoir n’aient été publiés. Pablo Picasso s’y rendra, et lui fera le plus beau des compliments : “Votre peinture est originale” à une époque où les peintres voulaient imiter son style.

Entre abstraction et figuration, la rétrospective présentée en 2018 au musée Würth France a mis en valeur le parcours de cette féministe engagée qui s’est toujours préoccupée du sort des femmes d’ici et d’ailleurs. Hélène a vécu de par le monde, au Portugal pendant la Deuxième Guerre mondiale où son mari fut résistant, en Autriche, en Yougoslavie en pleine Guerre froide, au Maroc, en Italie, pour enfin rejoindre l’Alsace et le village de Goxwiller, près de Strasbourg.

Avec quarante ans d’avance, avec son sourire chaleureux, sa générosité, son ouverture d’esprit, son humour, Hélène de Beauvoir a en effet, mis en œuvre tout au long de sa vie, les engagements même de Femmes ici et ailleurs.

Très ouverte aux rencontres avec d’autres femmes de toute condition et de toute nationalité, Hélène de Beauvoir a mené des actions féministes et écologistes sa vie durant. Par ses tableaux, peintures à l’huile, acryliques, aquarelles, gravures, dessins et collages, elle a mis en scène la vie, souvent dure, des femmes à travers les pays où elle a vécu : paysannes au Portugal pendant la Seconde Guerre mondiale, ouvrières saisonnières italiennes des rizières. Les femmes sont dans l’eau jusqu’aux genoux, pieds nus et le dos plié des journées entières sous le soleil et les insectes, avec des horaires accablants et des salaires de misère. Elle rendra aussi hommage aux Marocaines, leur condition souvent difficile dans une explosion de lumière et de couleurs. Plus tard, elle réalisera des œuvres dénonçant la destruction de la nature par les humain·e·s, les violences contre les femmes, la pollution et défendra la cause animale.

De gauche à droite, Claudine Monteil, Hélène de Beauvoir et Carole Downer devant un tableau de l’artiste-peintre

Hélène de Beauvoir apportera son soutien aux actions du Planning familial dès les années soixante et réalisera une trentaine de tableaux sur Mai 68, représentatifs des révoltes des jeunes contre l’injustice. Avec Simone de Beauvoir, elle signera en avril 1971 le Manifeste des 343 femmes déclarant avoir eu un avortement, s’engagera en Alsace aux côtés des femmes victimes de violence et participera à la fondation de SOS Femmes Solidarité-Centre Flora Tristan à Strasbourg dont elle sera présidente. Elle recevra les femmes victimes de violence le dimanche avec leurs enfants. Ceux-ci joueront dans son jardin, parmi ses sculptures, face à l’atelier.

Après deux années de présidence, elle démissionne, mais continue son œuvre militante dénonçant l’oppression des femmes dans ses tableaux : Un homme livre une femme aux bêtes, Les femmes souffrent, les hommes jugent, La chasse aux sorcières est toujours ouverte, tableaux peints dans les années soixante-dix devenus des œuvres de référence féministe.

A Strasbourg, à la fin des années 1970, Hélène témoigne avec succès lors d’un procès où une jeune femme accusée d’infanticide sera innocentée. Elle m’accompagne en 1979 aux États-Unis dans les cliniques de santé de Californie, les Feminist Women’s Health Centers, dirigées par Carol Downer, que soutient sa sœur Simone et où des soins sont prodigués gratuitement à celles qui en ont besoin. Ces cliniques seront les unes après les autres attaquées, certaines détruites par les bombes posées par des activistes religieux. Après le décès de Simone de Beauvoir en 1986, Hélène continuera jusqu’à un âge très avancé à soutenir les féministes françaises, allemandes, belges, américaines, italiennes, espagnoles, portugaises, africaines et les femmes en détresse qui s’adressent à elle. Elle décède le 1er juillet 2001 et repose au cimetière du Père Lachaise.

Texte de Claudine Monteil, membre du Club Femmes ici et ailleurs

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