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Françoise Héritier, une révolution

Françoise Héritier est décédée dans la nuit du 14 au 15 novembre, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Spécialiste des questions de parentalité, féministe, elle fut la première femme anthropologue à entrer au Collège de France en 1982, où elle avait succédé à Claude Lévi-Strauss. L’autrice de Masculin/Féminin a consacré l’essentiel de ses recherches aux origines de la domination masculine. Dans Femmes ici et ailleurs #15, paru à l’été 2016, nous avions retranscrit une partie de ses entretiens avec Patric Jean, auteur et réalisateur de Conversations avec Françoise Héritier1. Elle revenait notamment sur le concept-clé de son œuvre : les fondements de la “valence différentielle des sexes”, à l’origine de notre vision binaire et hiérarchisée du monde. 

À nos yeux, le plus bel hommage a été écrit par Patric Jean dans un texte publié notamment dans la lettre d’information du Laboratoire de l’Égalité. Il nous a fait l’amitié de partager ce témoignage personnel et émouvant, qui éclaire une facette moins connue de l’immense personnalité qui nous a quitté·e·s.

Par Patric Jean
Paru dans Femmes ici et ailleurs #23, janvier-février 2018

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© Bruno Levy/Divergence

“Chacun·e sait l’apport intellectuel de Françoise Héritier. Les anthropologues et les féministes décriront à quel point elle représente un bouleversement pour la pensée contemporaine. Pour ma part, laissant ici la pudeur taire mon émotion immense, je voudrais témoigner d’un aspect politique de Françoise Héritier qui me semble essentiel : elle-même. À une époque où le moindre thésard vous prend de haut et où le plus petit des médiocres vous snobe, Françoise Héritier, même âgée, souffrante et évidemment consciente de l’importance de ses travaux, ne cessait de donner l’exemple d’une humanité conforme à l’esprit de ses recherches.

Lorsque je la retrouvais pour une session de préparation, puis de tournage des Conversations avec Françoise Héritier, nous nous rencontrions chez elle pour une longue après-midi de travail. Contrairement à mes attentes face à une telle stature, ses premières phrases étaient toujours pour mes enfants, ma famille, dont elle prenait des nouvelles. Puis, malgré des difficultés physiques évidentes, elle m’invitait à m’asseoir dans sa cuisine pour m’offrir un café. Elle ne me parlait d’elle que si je la questionnais. S’excusait de ne pas être plus rapide dans ses mouvements. Portait à chaque instant une importance à l’autre. Comme s’il était aussi important qu’elle. Car, et c’est là toute la leçon qu’elle me donnait, il l’était pour elle. 

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