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Eve Ensler : “Le féminisme n’est pas qu’une affaire de femmes” [Etats-Unis]

Grâce à Eve Ensler et sa pièce Les monologues du vagin, qui fait le tour du monde depuis plus de vingt ans, des femmes se sont réapproprié leur corps et leur sexualité. L’autrice œuvre aussi pour transformer des milliers de survivantes en femmes puissantes. Aujourd’hui, elle lance un appel aux hommes, pour construire ensemble l’égalité.

Propos recueillis par Audrey Lebel
Paru dans Femmes ici et ailleurs #37, mars-avril 2020

Biographie express
Eve Ensler, dramaturge née en 1953, est une des figures majeures du féminisme américain contemporain. Elle s’est fait connaître en 1996 avec sa pièce culte Les monologues du vagin, jouée dans le monde entier. Son texte a démocratisé l’usage des mots vagin, vulve, clitoris… En 1998, grâce à l’argent récolté par Les monologues, Eve Ensler crée l’association internationale V-Day, qui lutte contre les violences faites aux femmes. L’autrice a également contribué à la création de foyers pour les victimes de violences. Elle vient de publier Le Pardon, la lettre – fictive – d’excuses de son père qui l’a violée, mort sans avoir exprimé de regrets.

Vous avez écrit Les Monologues du vagin en 1996, un texte “révolutionnaire” pour l’époque. Qu’est-ce qui vous a poussée à le faire ?

Au départ, la curiosité. Je parlais de ménopause avec d’autres femmes et elles m’ont confié à propos de leur vagin : “Il est tout sec, mort, tout est fini, on remballe.” C’était terrible, mais cela m’a fait réfléchir. Je me suis demandé : “Que pensent les femmes de leur vagin ?” Je leur ai donc posé la question. Toutes celles que j’ai interrogées m’ont répondu de façon surprenante, bouleversante, fascinante. Ce qui m’a le plus marquée est le nombre de femmes qui ne connaissent pas leur vagin. Pourtant, chacune avait une histoire avec cette partie de son corps. Le processus était lancé.

© Olivier Dion

Quel regard portez-vous sur ce texte, plus de vingt ans après ?

Je reste stupéfaite que ma pièce ait été traduite en quarante-huit langues, jouée dans 140 pays : au Parlement européen, en prison, dans une banque, au Kenya, en Inde, en Bosnie, dans un théâtre au Pakistan où les femmes venaient la voir clandestinement… Certaines ont été arrêtées en Turquie pour l’avoir interprétée. Je suis fière qu’elle soit toujours présentée dans des dizaines de pays, et en même temps j’espérais que nous n’en n’aurions plus besoin aujourd’hui. En l’écrivant en 1996, je pensais qu’elle serait démodée en 2020. Mais force est de constater qu’elle est toujours d’actualité. Le patriarcat est persistant et tenace. Il revient comme un virus. La nouvelle génération de femmes est elle aussi confrontée au sexisme et au machisme. Elles aussi sont nombreuses à ne pas connaître leur vagin, à ne pas savoir ce qu’est une sexualité épanouie, ni qu’elles ont droit à leur propre plaisir et leurs propres désirs. Et nous assistons à une résurgence des violences faites aux femmes partout dans le monde.

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