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Femmes ici et ailleurs

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Reportage : Étoiles du bidonville [Kenya]

Texte et photographies de Fredrik Lerneryd
Paru dans Femmes ici et ailleurs #22, novembre-décembre 2017

kebera kenya Fredrik Lerneryd
Le bidonville de Kibera, au Kenya, où se trouve la petite académie de danse classique.

Je m’appelle Fredrik Lerneryd. Je suis un photographe suédois et je vis à Nairobi, au Kenya. Je collabore en tant que journaliste freelance avec différents médias et des ONG. Entre deux commandes, je me consacre à des projets photographiques plus personnels. L’une des histoires qui me tient vraiment à cœur est celle de la petite académie de ballet du bidonville de Kibera, le plus grand bidonville d’Afrique avec plus de 250 000 habitant·e·s. Depuis un an et demi je photographie ces danseurs et danseuses. J’ai été touché la première fois que je suis entré dans leur minuscule salle de danse. Le lieu était froid et j’ai immédiatement ressenti toute la chaleur et la joie qui émanaient de ces enfants. J’étais en face d’une histoire très forte, c’était évident.
Ce projet est conduit par une organisation humanitaire, Anno’s Africa. Le professeur, Mike Wamaya, lui-même originaire d’un autre bidonville de la capitale kenyane, Mathare, a un parcours remarquable. Issu du ghetto, il est devenu un danseur de renommée internationale avant de décider de revenir dans son pays pour travailler avec les enfants déshérité·e·s.

Fredrik Lerneryd danse
Quatre filles alignées au début d’un cours de danse. La salle dans laquelle elles répètent est une des salles de classe de leur école. Quelques minutes plus tôt, elles débarrassaient les bancs et tables et balayaient le sol, en terre battue, difficile pour la pratique de la danse classique.

Ainsi, chaque mercredi, les enfants débarrassent une salle de classe, dans l’école où certain·e·s sont scolarisé·e·s, balayent le sol de terre et enfilent leurs costumes colorés. Elles et ils dansent durant une heure et demie. De la danse classique. Au cœur d’un bidonville africain. Les meilleur·e·s s’entraînent également, à une cadence supérieure, au Dance Centre Kenya, une académie dirigée par Cooper Rust, danseuse américaine passionnée et très engagée pour les enfants de Kibera. Des jeunes filles et garçons du bidonville bénéficient ainsi de leçons de haut vol, dans une structure réputée. Certain·e·s atteignent rapidement un niveau remarquable, leur permettant même d’envisager un futur dans cette discipline. La danse classique est inconnue des populations locales et l’accès aux académies de ballet demeurait jusqu’alors réservé de fait aux enfants d’expatrié·e·s et à quelques rares Kenyan·e·s “bien né·e·s”.
Quatre jeunes de Kibera ont été retenu·e·s pour danser Casse-noisette au théâtre national de Nairobi, en décembre dernier. Ces danseuses et danseurs seront plus nombreux·ses cette année et il est probable que certains des premiers rôles leur soient attribués.
Mais le plus important ne me semble pas là. Pour tous ces enfants, sélectionné·e·s ou non pour danser au théâtre national, ce qu’elles et ils ont accompli a signifié beaucoup pour tous et toutes. Cette expérience les a renforcé·e·s, les a conduit·e·s à croire en leur potentiel et a minima, ces moments de danse leur ont permis de s’extraire des problèmes conséquents auxquels font face, chaque jour, les habitant·e·s de Kibera. Danser donne du bonheur à ces filles et garçons, tout simplement.

Fredrik Lerneryd danse

Lavenda Osiro et Wendy Ochieng se dirigent vers la salle de classe où se tient le cours de danse classique. N’ayant pas de vestiaire à leur disposition, les fillettes se sont changées à la va-vite derrière le bâtiment.

Le cours débute à 15 heures, chaque mercredi. Tous les danseurs et toutes les danseuses sont sur place bien avant et jamais personne ne manque à l’appel.

Grâce au soutien de Cooper Rust, directrice du Dance Centre Kenya, la jeune Lavenda Osiro a récemment quitté l’école de Kibera pour rejoindre l’internat d’un collège situé à Ngong, petite ville en périphérie de Nairobi. Décelant le talent de la jeune fille de douze ans, cette danseuse américaine a souhaité l’accompagner pour lui offrir une meilleure scolarité. Outre l’ouverture de ses cours à des jeunes du bidonville, Cooper Rust finance personnellement la scolarité de plusieurs danseur·se·s, leur permettant d’étudier dans de bonnes conditions au sein de collèges et lycées situés hors de Kibera. Lavenda Osiro est aux anges. Elle souligne que dans son nouvel établissement, elle peut étudier dans le silence, ce qui ne lui était jamais arrivé jusqu’à présent.

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