fbpx

Femmes ici et ailleurs

Un Magazine et un Club 100 % inspiration

Santé : L’épisiotomie en question

Pratique encore trop répandue, l’incision du périnée pendant l’accouchement devrait rester pourtant exceptionnelle. Au-delà d’une bataille stérile sur les chiffres, retour sur les réalités de l’épisiotomie en France et les manières de s’en passer.

Par Roberta Zambelli et Sandrine Boucher
Paru dans Femmes ici et ailleurs #21, septembre-octobre 2017

Espoir 2, Gustav Klimt, 1907-1908, Museum of Modern Art, New York. © MoMA

L’épisiotomie, qui consiste en l’incision partielle du périnée lors de l’accouchement, est “inventée” en 1742, mais cet usage ne se diffuse qu’à partir de l’entre-deux-guerres. Le texte fondateur est écrit par un certain Joseph Bolivar DeLee, médecin américain, qui publie en 1921 The Prophylactic Forceps Opération, où il préconise notamment d’utiliser une “large épisiotomie” et, plus généralement, de “réparer toute égratignure et déchirure, et laborieusement reconstruire le vagin pour reconstituer des ‘conditions virginales’.” L’épisiotomie, mise en œuvre par les obstétricien·ne·s et les sages-femmes, se généralise. “Dans les années 1980, on pensait que cette technique protégeait des fuites urinaires et de la descente des organes. Elle était pratiquée systématiquement lors d’un premier accouchement”, explique Marie-Cécile Martin-Gabier, sage-femme libérale.

Or, dès 1983, commencent à paraître des articles scientifiques qui démontrent l’inutilité de l’épisiotomie pour la prévention des déchirures graves, du prolapsus ou de l’incontinence. Bref, couper les périnées ne sert globalement à rien, sauf en cas d’urgence, lorsque le rythme cardiaque du bébé à naître montre des anomalies et qu’il faut accélérer l’accouchement. C’est-à-dire “dans des cas rares”, remarque Sophie Schwartz, sage-femme libérale qui a accompagné des accouchements à domicile et exerce actuellement au sein d’une maison de naissance. Elle observe que, sur les cinquante-deux accouchements qui se sont déroulés depuis l’ouverture de cette maison, à l’automne dernier, une seule épisiotomie a été réalisée et une seule déchirure grave (troisième degré) constatée. 

Par ailleurs, les professionnel·le·s s’accordent à dire que les déchirures naturelles du périnée, qui se produisent dans le sens des fibres, saignent moins, cicatrisent mieux et entrainent moins de douleurs qu’une incision au travers des tissus. Une épisiotomie peut en effet gêner la reprise des relations sexuelles en raison de la sensibilité de la cicatrice. Des complications peuvent également avoir lieu : infection, abcès, augmentation des risques d’incontinence. Si la santé des accouchées est bien entendu la question principale, Sophie Schwartz souligne aussi le cas d’un père traumatisé par la vision d’une épisiotomie pratiquée sur sa compagne. Le couple n’avait jamais réussi à retrouver des relations normales.

​Vous avez envie de lire cet article ? Il vous suffit d’adhérer au Club Femmes ici et ailleurs.

Vous êtes déjà adhérent·e Découverte digitale, Découverte combiné, Exploration ou Exploration digitale, Liberté ou Liberté digitale ? Connectez-vous à votre compte.

Vous êtes adhérent·e avec une autre offre ? Vous pouvez la faire évoluer sans attendre en cliquant ici. La régularisation administrative se fera dans les jours qui suivront.

 

En partenariat avec :
L’Association nationale des sages-femmes libérales est une association loi de 1901 qui a pour but la revalorisation et la défense de la profession de sage-femme libérale en France. Pour cela, elle travaille à la fois avec les sages-femmes, les organismes d’État et les médias à cet effet. Créée en 1983, elle compte aujourd’hui 970 membres. Pour plus d’informations : http://ansfl.org