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Reportage : Elles remettent le son [Tunisie]

En Tunisie, la musique électronique occupe une place de plus en plus centrale dans la vie nocturne. De Tunis à Sousse, les grandes villes côtières ont vu de nombreux clubs ouvrir depuis la révolution de 2011 et la scène électro s’est professionnalisée, avec une réputation grandissante à l’international. Dans ce contexte, quelques rares femmes sont parvenues à s’imposer au sein d’un milieu presque exclusivement masculin. Une formation qui leur est réservée a même ouvert ses portes depuis deux ans à Tunis pour les mettre en avant. Un combat de société qui va bien au-delà des dance floors.

Texte de Brice Andlauer, photos de Pierre Gautheron (membres du collectif Focus)
Paru dans Femmes ici et ailleurs #47, janvier-février 2022

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© Pierre Gautheron

Elle pousse la porte du bar d’un pas pressé. Sa platine en bandoulière, Chaima Srairi traverse un nuage de fumée, se faufile entre les tables jonchées de bouteilles de bière, pour s’installer devant un mur de briques, dans une atmosphère tamisée par des néons rouges. Au Wave Bar depuis la veille seulement, c’est elle, DJ Alpha, qui est la musicienne résidente. Quatre soirs par semaine, elle tente de faire danser la jeunesse aisée de Tunis, au bord d’une plage du quartier du Kram, en banlieue nord, à une heure de voiture du populaire Bardo, où elle vit seule avec sa mère.

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Chaima Srairi, alias DJ Alpha, a trouvé une résidence pendant deux semaines par mois au Wave Bar, un bar huppé du quartier de la Goulette à Tunis. Elle a quitté son travail pour se consacrer pleinement à la musique électro et profite de cette résidence pour essayer de nouvelles possibilités, notamment en jouant avec un ami vocaliste.

Se lancer dans la musique

Ce soir, les client·e·s sont plutôt venu·e·s profiter de la fraîcheur de l’intérieur climatisé en regardant distraitement un match de football. Chaima Srairi ne se laisse pas atteindre par le désintérêt nonchalant de la salle. Avec des gestes rapides légèrement nerveux, elle ouvre son ordinateur décoré d’un autocollant Nirvana, son groupe préféré. Ses cheveux courts rouge foncé, son jean troué et un piercing au milieu de la lèvre inférieure viennent rappeler son passé de rockeuse, quand elle jouait de la batterie et écoutait du métal, avant de découvrir l’afro beat et la house. Elle branche sa platine et attaque par quelques morceaux de pop américaine et R’N’B, la mine fermée. “Je n’ai pas l’habitude de jouer ça. Je ne choisis pas toutes les musiques, c’est moitié-moitié avec le patron sur la playlist, explique-t-elle en haussant les épaules. On m’a dit de ne pas mettre d’afro, mais je suis têtue, je vais quand même en passer un peu”, ajoute-t-elle en riant.

Son contrat de DJ dans ce petit bar vient d’être signé pour 800 dinars par mois (un peu moins de 270 euros), l’équivalent de deux fois le salaire minimum local. En comparaison des cachets de DJ professionnels qui peuvent toucher la même somme en une seule soirée, “c’est nul, mais c’est un début…”, énonce-t-elle sans se plaindre. Le mois précédent, la jeune femme de trente et un ans a quitté un poste confortable dans la production audiovisuelle pour se lancer à fond dans la musique ; un choix mûri durant les deux dernières années, grâce à un parcours qui fait figure d’exception en Tunisie.

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Désert de Tozeur, à la frontière algérienne. Après de nombreuses négociations, la DJ Academy for girls est parvenue à faire produire deux de ses DJ lors du festival des Dunes électroniques. C’est une véritable réussite car ce festival attire nombre de musicien·ne·s professionnel·le·s du monde entier. © Pierre Gautheron

Pionnières dans le désert

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