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Élisabeth Gayon : Passeuse de livres [France]

Élisabeth Gayon est bénévole au sein de Lire pour en sortir. Cette association, créée en 2014, propose un programme de réinsertion par la lecture en milieu carcéral. Intervenant à la maison d’arrêt pour femmes de Versailles, cette retraitée vient partager avec les détenues son goût des belles lettres et révéler les potentiels avec des mots. 

Par Louise Pluyaud
Paru dans Femmes ici et ailleurs #24, mars-avril, 2018

© Louise Pluyaud

Étudiante, Élisabeth Gayon donnait des cours de français et de philosophie par correspondance à des détenus. Elle confie pourtant “ne pas avoir la fibre sociale”, contrairement à sa mère, une femme “formidable”, ancienne conseillère municipale et présidente de nombreuses associations. “J’étais très timide et cela me convenait bien”, se souvient-elle, âgée aujourd’hui de soixante-neuf ans. “Ces devoirs étaient souvent accompagnés d’une lettre plus personnelle, mais je n’ai jamais rencontré les prisonniers que j’ai accompagnés.” Elle a suivi un cursus brillant, décrochant une maîtrise de philosophie à la Sorbonne, puis un diplôme de Sciences politiques à Paris, avant de mener une carrière de cadre supérieure dans plusieurs grandes entreprises. Fraîchement retraitée, cette grande dame d’une humble élégance découvre l’association Lire pour en sortir par le témoignage de son président, Alexandre Duval-Stalla, dans la revue des anciens de Sciences Po. “L’article était accompagné d’un reportage sur la culture en prison. L’auteur, Pierre Botton1, appelait à humaniser les prisons en faisant entrer le monde extérieur dans l’univers carcéral. Tout de suite, ça m’a fait tilt !” 

La première fois qu’elle a franchi les portes de la maison d’arrêt de Versailles, la conseillère littéraire bénévole s’est demandé si elle réussirait à retrouver la sortie. Aujourd’hui, ce lieu qui fut, au XVIIIe siècle, une maison de réclusion pour les femmes publiques lui est devenu familier. Elle s’y rend chaque lundi après-midi pour animer des séances de lecture avec “ses dames”, comme elle les appelle avec bienveillance. Une fois passés l’accueil et la cour intérieure, la visiteuse se présente devant la grande porte du quartier carcéral. Le cliquetis d’un trousseau de clés annonce l’arrivée d’une gardienne. Élisabeth Gayon se dirige dans une pièce pas plus grande qu’un vestibule et s’installe à la table placée au centre. En face, une chaise vide attend sa première participante. De ces femmes, elle ne connaît rien, sinon leur nom et leur numéro d’écrou. Ce qui les a conduites derrière les barreaux “est entre elle et elle-même”. 

© Louise Pluyaud

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