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Dossier : Jeux vidéo, les stéréotypes bientôt KO ? [International]

Hypersexualisées, sous-représentées, les femmes sont souvent maltraitées dans les jeux vidéo. Certains studios ont décidé de mettre à mal le patriarcat pour proposer des contenus plus variés et des personnages hauts en couleur.

Texte de Marine Forestier
Paru dans Femmes ici et ailleurs #48, mars-avril 2022

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© Ember lab

En touriste sur une île de l’océan Pacifique, votre voyage est interrompu par un groupe de pirates et leur chef. À vous de jouer, avec votre personnage Jason Brody, des balles de sniper et des grenades, pour repartir sain·e et sauf·ve. Voici un résumé de Far Cry 3, un jeu vidéo dit de “tir en vue à la première personne” (first person shooter – vous ne voyez pas votre personnage sinon ses bras) édité par Ubisoft en 2012 et réputé dans la communauté du gaming. Un scénario banal, semble-t-il. Mais que penser de la fin alternative du jeu, qui se termine par un rapport sexuel avec Citra, l’un des seuls personnages féminins de l’histoire ? Le male gaze a encore frappé. Ce concept, approximativement traduit par “regard masculin”, théorisé par la cinéaste Laura Mulvey, désigne la façon de représenter les rapports humains du point de vue d’un homme hétérosexuel. Comme dans de nombreux jeux vidéo, cette séquence proposée par Ubisoft tombe en plein dans le panneau. “Le personnage de Citra dans Far Cry résume un peu tout de l’hypersexualisation des personnages féminins dans les jeux vidéo, mais aussi l’exotisation des personnages noirs : cette scène de sexe n’a aucun rapport avec le reste du jeu et Citra est en tenue “ethnique” très stéréotypée, avec de la peinture sur le corps et des colliers en dents d’animaux…”, décrit Vanessa Chicout, porte-parole de l’association des Afrogameuses, qui promeut la mixité dans le jeu vidéo.

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Dans Far Cry 3 (2012), le personnage de Citra Talugmai cumule tous les stéréotypes liés à l’hypersexualisation et l’exotisation des femmes noires dans les jeux vidéo. © Ubisoft
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Kassandra est l’une des deux protagonistes d‘Assassin’s Creed Odyssey (2018). C’est dans cette version que, pour la première fois, il est possible d’incarner un personnage féminin sans que ce soit un handicap dans le jeu. DR

Personnages féminins sexualisés

Dans l’histoire des jeux vidéo, hypersexualisation et stéréotypes ont malheureusement vite fait leur place. Ainsi, en 1986, Metroid vous propose d’incarner un·e astronaute dont le genre est inconnu en début de partie. Mais à la fin du jeu, plus vos résultats auront été bons, plus l’astronaute sera dénudée, pour finir par découvrir une femme en sous-vêtements ! Ici comme dans des jeux de type Mario où l’objectif est de sauver une demoiselle en détresse, “le personnage féminin est vu comme une récompense pour le joueur”, analyse Marie-Lou Dulac, ex-cheffe de projet diversité et inclusion chez Ubisoft et à présent directrice créative chez Pocket Story. Pour elle, “le problème n’est pas tant la sexualisation des femmes mais que 90 % des personnages féminins le soient.”

Et quand elles ne sont pas sexualisées, les femmes dans les jeux vidéo sont tout simplement absentes, ou alors ce sont des personnages non jouables : alliées ou antagonistes du héros, un homme blanc bien viril. Dans les jeux présentés chaque année à l’E3 [Electronic Entertainment Expo, un des plus grands salons internationaux du jeu vidéo], seulement 7 à 9 % de ceux où il n’est pas possible de choisir son personnage principal en proposent un féminin. Du côté des personnages antagonistes, ceux incarnés par des femmes tombent souvent dans la caricature. “Il y a beaucoup de clichés sexistes et racistes. On y retrouve par exemple la “dragon lady” : cette femme asiatique très sexy mais cruelle et qui pratique les arts martiaux. La méchanceté des femmes sera davantage justifiée : elles ont été trahies par un homme ou ont perdu un enfant dans des conditions tragiques. Tandis qu’un antagoniste masculin sera avide de pouvoir ou d’argent”, précise Marie-Lou Dulac.

La moitié des joueur·euse·s sont des femmes

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