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Djaïli Amadou Amal : L’impatiente [Cameroun]

Avec son troisième roman – le premier qu’elle publie en France – Les impatientes, la Camerounaise Djaïli Amadou Amal a créé la surprise de la sélection pour le prix Goncourt, dont elle est l’unique autrice sur quatre finalistes. Militante pour les droits des femmes, elle dénonce l’oppression de celles-ci au nom de traditions et de religions mal interprétées. Et montre comment en sortir.

Nous avons eu la chance d’échanger avec elle le 29 octobre dernier en direct depuis le Cameroun pour une rencontre réservée aux membres du Club Femmes ici et ailleurs. Pour (re)voir le replay, c’est par ici.

Propos recueillis par Sandrine Boucher, Marie Charvet, Pierre-Yves Ginet et les adhérentes du Club Femmes ici et ailleurs
Paru dans Femmes ici et ailleurs #40, novembre-décembre 2020

Biographie express
Djaïli Amadou Amal est peule, née en 1975 dans le nord du Cameroun. Elle est mariée de force à l’âge de dix-sept ans. Elle parvient à quitter son conjoint en 1998 et, dix ans plus tard, un deuxième époux, violent. Son premier roman, Walaande, l’art de partager un mari, consacré à la polygamie, paraît en 2010, suivi de Mistiriijo, la mangeuse d’âmes, trois ans plus tard, puis Munyal, les larmes de la patience en 2017. Celui-ci a été retravaillé pour être plus facilement accessible à un lectorat en dehors du continent africain. Il est publié en septembre sous le titre Les impatientes. Djaïli Amadou Amal sera peut-être la première autrice d’Afrique noire à remporter le prix Goncourt. Elle a créé en 2012 l’association Femmes du Sahel, qui œuvre pour l’éducation et l’autonomie des filles et des femmes.

© Patrice Normand

Avez-vous eu un déclic ou est-ce le résultat d’un cheminement ?

J’ai eu un déclic. J’en ai même eu plusieurs. J’ai commencé à écrire après un mariage forcé. J’avais dix-sept ans et j’ai été donnée à un homme politique beaucoup plus âgé, très influent. Je suis passée par la dépression, les tentatives de suicide, de fuite… Mon entourage me disait : patience. Je me suis réfugiée dans la lecture d’abord – à quatorze ans, quand j’ai été fiancée, j’avais lu tout Racine – puis dans l’écriture. Pour moi c’était comme parler à quelqu’un, une façon de faire ma thérapie. Ensuite, j’ai eu des enfants, notamment deux filles. Leur grande sœur, du même père, est venue vivre chez nous. Je la considérais comme ma propre fille. Un jour, son père nous a annoncé qu’elle serait mariée pendant les vacances. J’ai essayé de la protéger, je n’ai pas réussi. Quand elle est partie, mes filles avaient six et sept ans. Elles allaient être mariées aussi à quatorze ou quinze ans. L’autre déclic a eu lieu un jour où je rendais visite à ma mère. Je conduisais une grosse voiture, j’avais de beaux habits et des bijoux chers. Des petites filles m’ont vue et ont dit : “Quand je serai grande, je veux être comme elle.” Elles me prenaient en exemple alors que j’étais une femme battue, oppressée, incapable de protéger ses enfants et qui ne pouvait rien faire de sa vie. Alors je suis partie, je me suis enfuie avec un seul objectif : avoir une voix suffisamment forte pour protéger ces filles.

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