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Dafroza et Alain Gauthier : Mémoire et justice pour le Rwanda

Depuis plus de vingt ans, Dafroza et Alain Gauthier traquent les génocidaires des Tutsi·e·s du Rwanda venu·e·s s’installer sur le sol français après leurs crimes, commis en 1994. Animé par une soif de justice et de vérité hors normes, le couple poursuit inlassablement sa quête, malgré les dérives passées et présentes de l’État français. Pour la mémoire. Pour les victimes.

Propos recueillis par Pierre-Yves Ginet
Paru dans Femmes ici et ailleurs #45, septembre-octobre 2021

Alain et Dafroza Gauthier au palais de justice de Paris en juin 2018. © Léa Crespi/Pasco&co

Biographies express
Née au Rwanda en 1954, Dafroza Mukarumongi a fui son pays en 1973, face à la répression qui s’abattait sur les Tutsi·e·s. Elle poursuit ses études de chimie en Belgique jusqu’en 1977, puis en France, après son mariage avec Alain Gauthier. Elle exerce comme ingénieure chimiste, de 1981 à 2018, au sein d’un laboratoire municipal et régional, dans un département de chimie analytique et environnementale. Alain Gauthier est né en 1948 dans un village d’Ardèche. Il a suivi des études de théologie à l’université de Strasbourg (1968-1970) puis des études de lettres, à Nice et Grenoble (1972-1974), entrecoupées d’un séjour de deux ans au Rwanda, en coopération (1970-1972). Il a été professeur de français, puis directeur de collège et lycée jusqu’en 2013. Le couple a eu trois enfants. Dafroza et Alain Gauthier, aujourd’hui retraité·e·s, ont cofondé le Collectif des parties civiles pour le Rwanda en 2001.

Dafroza Gauthier, vous êtes tutsie, née au Rwanda, pays que vous avez quitté en 1973. Pourriez-vous revenir sur les conditions de votre fuite ?

Dafroza Gauthier : Nous vivions dans la région de Butare. Après Noël 1972, lorsque nous – les Tutsi·e·s – avons voulu retourner au lycée, à l’université, à l’école, pour débuter le deuxième trimestre,nous étions attendu·e·s par nos camarades, nos voisin·e·s – Hutu·e·s –, qui nous tabassaient, nous chassaient… Nos propres ami·e·s… Ma mère s’est rendue chez le curé de notre paroisse, un Français, qui aidait des personnes à fuir vers le Burundi. À la tombée du jour, ma sœur et moi sommes montées à l’arrière d’une camionnette, jusqu’à la paroisse. D’autres personnes nous attendaient. Nous sommes parti·e·s en pleine nuit. Nous avons marché des heures en suivant les passeurs, ils nous ont fait tourner en rond avec l’envie de nous voler le peu que nous avions. Ces hommes avaient des machettes, le ton est monté avec certain·e·s du groupe, qui ont dû sortir leurs couteaux et les menacer. Je me souviens aussi de la traversée de la rivière Akanyaru, très dangereuse, des papyrus qui te coupent le corps, des sangsues, des hippopotames. C’était cauchemardesque, mais nous avons pu gagner le nord du Burundi. Là, nous avons été accueilli·e·s dans un camp du HCR1, début février 1973. Quand mon frère aîné, qui était déjà réfugié en Belgique depuis plusieurs années, a appris que nous étions au Burundi, il s’est démené pour m’obtenir des papiers et me permettre de le rejoindre. Je ne suis restée que quelques semaines dans ce camp.

Le 6 avril 1994, quand l’avion des Présidents rwandais et burundais est abattu par un missile, marquant le début du génocide des Tutsi·e·s, vous êtes en France…

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