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Femmes ici et ailleurs

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Parole d’experte : Comment créer une Université vraiment… universelle ?

L’Université et la recherche pourraient a priori être perçues par les citoyen·ne·s comme des milieux privilégiés où priment avant tout et plus qu’ailleurs la méthode scientifique, la rationalité et le mérite. Et pourtant, là aussi, les inégalités femmes-hommes persistent. Quelles mesures ont été mises en place et que reste-t-il à faire pour que les femmes soient enfin valorisées selon leurs compétences et motivations ?

Paru dans Femmes ici et ailleurs #28, novembre-décembre 2018

DR

Biographie express
Docteure en sciences du sol et spécialiste d’agriculture urbaine, Camille Dumat est professeure à l’université de Toulouse INP et chercheuse au CERTOP (Centre d’étude et de recherche travail organisation pouvoir), axe transition écologique. Co-autrice de 200 publications et ouvrages indexés, elle est aussi présidente du Réseau-Agriville. Grâce à sa double compétence en biogéochimie et en sociologie, elle applique la méthode scientifique pour analyser l’organisation du travail à l’Université.

Lorsqu’on parle d’Université, on pense sponta­nément à : innovation, motivation, méritocratie, sens critique, recherche et formation. En effet, l’Université se présente comme “une mise entre parenthèses des rapports d’inégalité, au nom d’une idéologie républicaine de neutralité et d’objectivité scientifique1”. Cependant, ce milieu recèle des paradoxes, décrits dans de nombreuses publications scientifiques : progressisme, mais aussi harcèlements sexuel et moral ; grande ouverture d’esprit, mais aussi dynamiques de groupe qui ralentissent l’innovation ; mise en avant de l’intelligence collective, mais aussi situations de mobbing (harcèlement moral au travail d’un groupe sur un individu) insupportables et socialement nuisibles. Dans les faits, le quotidien de la vie universitaire et de la recherche reste marqué par des inégalités persistantes : il suffit de se pencher sur les chiffres pour s’en rendre compte. En 2016, Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, affirmait ainsi dans une tribune2 : “Au rythme auquel on va aujourd’hui, si on laisse faire, il faudrait attendre 2068 pour avoir la parité chez les professeur·e·s d’université et 2075 avant que les écoles d’ingénieur·e·s aient autant d’étudiantes que d’étudiants !” La part des femmes à des postes de direction dans les universités et laboratoires a même régressé depuis dix ans. En 2018, 90 % des universités sont présidées par des hommes.

© Mikael Kristenson

Mandarinat masculin

Pourquoi nomme-t-on si peu de femmes aux postes-clé de l’enseignement supérieur, alors même qu’elles représentent la majorité des étudiant·e·s ? Pourquoi l’Université ne reflète-t-elle pas une “méritocratie anonyme et asexuée3” qui devrait pourtant en être la norme ? En réalité, cette institution, lieu de fortes compétitions, reproduit plus souvent les inégalités qu’elle ne les combat.

Aujourd’hui encore, une forme de mandarinat masculin historique permet à des groupes restreints, en général composés quasi totalement d’hommes, de détenir en toute discrétion le monopole sur le recrutement, les avancements de carrière et l’attribution des moyens qui leur donnent une position de pouvoir tant dans la recherche que dans l’enseignement. “L’institution se pense dépositaire de valeurs universelles au nom desquelles l’ancrage dans la réalité sociale est de l’ordre du vulgaire, de l’impensable et, en conséquence, de l’impensé. Or, cette institution est majoritairement occupée par les hommes, ce sont eux qui ont forgé ces valeurs dites universelles, et en cela, (…) l’Université est colorée au masculin. L’universel est en ce sens le travestissement du masculin neutre4”, affirment Coline Cardi, Delphine Naudier et Geneviève Pruvost. 

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