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Parole d’expert : Ce que racontent nos voix

La voix, reflet de l’âme ? Pas vraiment. La voix est le résultat de l’addition de multiples ingrédients qui permettent notamment de distinguer les voix de femmes et d’hommes. Certaines composantes sont physiologiques, mais la plupart sont acquises lors de la construction d’une identité de genre qui commence très tôt.

Propos recueillis par Sandrine Boucher
Paru dans Femmes ici et ailleurs #41, janvier-février 2021

DR

Biographie express
Docteur en phonétique expérimentale, Erwan Pépiot est maître de conférence à l’université Paris 8 et au sein du laboratoire TransCrit. Il a soutenu en 2013 sa thèse de doctorat portant sur les différences acoustiques entre les voix féminines et masculines et sur leur perception, chez des locuteurs et locutrices anglophones et francophones. Il poursuit depuis ses recherches, toujours autour des questions de voix et genre, et publie régulièrement dans des revues scientifiques spécialisées. Sa dernière étude, menée en collaboration avec Aron Arnold, de l’université catholique de Louvain, porte sur l’analyse des voix de personnes bilingues.

Existe-t-il des caractéristiques anatomiques permettant d’expliquer les différences entre les voix de femmes et d’hommes ?

La source de la voix, que nous appelons la fréquence fondamentale, est formée par la vibration des plis vocaux, soit dans le langage courant les cordes vocales. En moyenne, et j’insiste sur le fait qu’il ne s’agit que d’une moyenne, les plis vocaux des femmes sont un peu plus courts et plus fins. Ils vibrent donc plus rapidement, produisant mécaniquement un son plus aigu. Ensuite, le conduit vocal qui transporte le son jusqu’à la bouche et définit les fréquences de résonance – le timbre de la voix –, est généralement un peu plus long chez les hommes, ce qui donne un timbre plus “sombre”.

Certaines voix de femmes sont particulièrement graves, elles ne sont pour autant jamais confondues avec une voix d’homme…

Il n’est pas possible de parler de dysmorphisme sexuel concernant les organes vocaux en se basant sur ces moyennes. Certaines femmes possèdent des plis vocaux plus épais que des hommes et certains hommes ont un conduit vocal plus court que les femmes. Ces détails physiologiques n’expliquent donc qu’en partie le fait que nous sachions immédiatement distinguer les voix féminines des voix masculines. La raison en est que la voix est avant tout une construction sociale, c’est-à-dire qu’elle dépend de la manière dont chacun·e utilise son appareil vocal (plis vocaux, langue, voile du palais, lèvres, etc.) pour bâtir son identité de genre.

© Karolina Grabowska, Pexels

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