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Femmes ici et ailleurs

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Dossier : Capitaines d’entreprises #3 [France]

C’est un volet de l’histoire des femmes qui est exploré depuis peu : l’existence et le rôle des cheffes d’entreprises.
Dans tous les domaines et tout au long des siècles passés, les patronnes ont été nombreuses, inventives et coriaces. Malgré les restrictions de leurs droits civils, des femmes se sont de tout temps débrouillées pour faire des affaires, subvenir aux besoins de leur famille, gagner leur vie et, souvent, leur indépendance.

Dossier écrit par Sandrine Boucher, Emma Ducassou-Pehau, Pierre-Yves Ginet, Eline Roy, Lune Sayer, Aude Stheneur
Paru dans Femmes ici et ailleurs #40, novembre-décembre 2020  

Nous avons souhaité mettre en lumière un certain nombre de ces capitaines d’entreprises exceptionnelles du passé… et du présent.

Groupe Wendel

Madame d’Hayange (1718-1802)
et Joséphine de Wendel (1784-1872)

Les femmes de fer

© Denis Ernwein

La dynastie industrielle des Wendel aurait-elle pu advenir sans les femmes qui ont marqué son histoire depuis le dix-huitième siècle ? Parmi elles, Madame d’Hayange st la première à avoir pris la direction de l’industrie familiale, inaugurant ainsi la lignée des “femmes de fer”. Née Marguerite d’Hausen, elle épouse en 1739 Charles de Wendel, fils du repreneur des forges d’Hayange. Au décès de son mari, en 1784, alors qu’elle a soixante-six ans, Marguerite d’Hausen de Wendel reprend la direction de la maison Wendel en Lorraine. Surnommée “Madame d’Hayange”, elle supervise les forges, surveille les hauts-fourneaux, veille à la commercialisation des produits et assure elle-même les bonnes relations avec les autorités. Elle redresse les comptes de la maison de forges en renégociant âprement les contrats avec les arsenaux royaux et l’État. Pendant la Révolution, à laquelle sa dirigeante est favorable, la maison Wendel livre la République en un temps record : 850 boulets, 4 800 balles en vingt-quatre heures. Pourtant, en 1794, Madame d’Hayange est arrêtée et traduite devant un tribunal révolutionnaire. La guillotine lui est épargnée en raison de son âge avancé, soixante-quatorze ans, mais ses biens sont saisis et la maison Wendel vendue aux enchères. Elle mourra dans une relative pauvreté en 1802.

Une autre femme va ensuite marquer l’histoire de la famille : Joséphine de Fischer de Dicourt, épouse du petit-fils de Madame d’Hayange, François-Henri de Wendel, qui avait repris l’entreprise familiale en 1804. Devenue veuve en 1825, elle exerce seule les fonctions de Maîtresse de forges pendant une trentaine d’années, avant que son fils Charles et ses gendres viennent lui prêter main forte. Sous la direction de Joséphine de Wendel, l’entreprise mènera une politique sociale “maternaliste” auprès de ses employé·e·s et de leur famille : mise à disposition de logements, embryon de retraite, indemnité en cas d’accident du travail, éducation des enfants et même fondation d’une petite ville, Stiring-Wendel, en Moselle. Joséphine de Wendel se trouve à nouveau seule aux commandes, à quatre-vingt-six ans, lorsque la guerre de 1870 éclate. Elle décide de léguer l’entreprise, au capital de trente millions de francs répartis en cent vingt parts, à ses petits-enfants. À cette condition : ils et elles doivent sécuriser l’avenir de l’industrie familiale, devenue aujourd’hui une société d’investissement.

À lire : Femmes de fer, d’Alain Missoffe et Philippe Franchini, aux éditions Tallandier

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