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Femmes ici et ailleurs

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Black Slam Soudan : un cri du coeur

Au sein du Club Femmes ici et ailleurs, nous avons la chance de compter des personnalités exceptionnelles, agissant dans des domaines très divers, en France et bien au-delà de nos frontières.

Débordante d’enthousiasme et d’humilité, Muche (son nom d’artiste) signe son premier slam Black Slam Soudan. En février 2018, elle commence à s’impliquer dans le collectif d’Aide aux migrants à Ouistreham, en participant aux distributions de vêtements et de nourriture le samedi. C’est le déclic, le « coup de pied aux fesses » qu’il lui fallait. S’engager dans le bénévolat redonne un peu de sens à sa vie, lui redonne l’envie de partager et surtout la motive à faire reconnaître les conditions de survie dans lesquelles se trouvent les personnes migrantes en France.

Un jour d’action particulièrement éprouvant, alors que les averses de grêle se succèdent et que tou·te·s finissent la journée trempé·e·s, les émotions débordent. En rentrant frigorifiée chez elle ce soir-là, Muche cogite. Elle pense à la chance qu’elle a de pouvoir simplement prendre une douche quand d’autres restent dehors. L’empathie, la culpabilité, l’envie de changer les choses, tout se mélange pour créer ce cri du cœur, cet hommage vibrant aux personnes migrantes et à leur parcours de (sur)vie.

Propos recueillis par Anaëlle Borderes et Emma Gomez, Femmes ici et ailleurs

Black Slam Soudan

Je ne trouve pas de mots élégants
Pour détailler leur Black Seum Soudan
Ils ont fui les hauts plateaux blancs
Le NCP et les crimes d’ El-Béchir
Chercher ailleurs un meilleur avenir
Partir, s’enfuir ou mourir

Ils ont foutu le camp
Ils sont migrants
Ils ont 15 ans

Traverser la Libye, question de survie
Espérer en un nouveau paradis
Embarqués sur l’Ocean Viking
No more killing
Flotter à la dérive, multiples et isolés
Dans les flots noirs et grondants, abandonnés

Ils ont foutu le camp Ils sont migrants
Ils ont 16 ans
En transit, dans l’Italie de Benito Salvini

Bien loin de Gandhi Rêver à la France, Pays de la tolérance
Droits de l’âme, chez Rousseau et Hugo
Pourtant, zéro Alter Ego

Ils ont foutu le camp
Ils sont migrants
Ils ont 17 ans

Aller en Angleterre
Coûte que coûte, même en hiver
A Ouistreham, les voilà sur le trottoir
Où sont leurs histoires?
Ils ne trouvent que notre indifférence
Eux qui ont tant besoin d’espérance

Ils ont foutu le camp
Ils sont migrants
Ils ont 18 ans

Ils vivent dehors
Dans notre port
Des hommes en noir leur ont piqué leurs vieux duvets
Des hommes casqués les ont matraqués
Dans les bois, autour du feu, ils se raccrochent aux branches
Il n’y a pas que MC Solar qui pleure le dimanche

Ils ont foutu le camp
Ils sont migrants
Ils ont 19 ans

La pluie les tue
Les transperce, ils n’en peuvent plus
Mais ils y croient, même sans visa
Si ils tirent le bon numéro de notre tombola
Peut-être un jour, ils seront là-bas Inch’Allah !

Ils ont foutu le camp
Ils sont migrants
Ils ont 20 ans

Nous sommes dans le Black Friday
Eux, ils veulent être libérés
Nos lois Européennes les ont Dublinisés
Nos accords du Touquet les ont assignés
Leur enfer – me – ment
Ils ont le Black Seum Soudan

Ils ont foutu le camp
Ils sont migrants
Ils n’auront sans doute jamais 21 ans.

Muche – 2019