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Femmes ici et ailleurs

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Dossier : Aux pays des femmes #1 [International]

Les sociétés matrilinéaires, où le nom et les biens se transmettent de mère en fille, sont méconnues, ignorées, parfois fantasmées par les regards occidentaux.
Leur existence montre que l’humanité a su créer des modèles plus égalitaires entre les femmes et les hommes.
Du désert du Sahara aux îles du Pacifique, composées de quelques dizaines ou de millions de personnes, anciennes ou plus récentes, ces communautés autochtones partagent de frappantes similarités.

Dossier réalisé par Emma Ducassou-Pehau, Agathe Gouesmel, Pierre-Yves Ginet et Aude Stheneur
Paru dans Femmes ici et ailleurs #39, septembre-octobre 2020

Une femme herero – communauté apparentée aux Himbas – pose dans une boutique dans la région de Kunene, au nord de la Namibie, en juin 2018. Elle porte une ohorokova, robe traditionnelle inspirée des tenues des colones allemandes, auxquelles sont ajoutés des couleurs vives et un chapeau, en hommage aux cornes des vaches qui nourrissent ce peuple. Les ohorokovas sont portées en symbole de résilience, rappelant le génocide des Hereros, perpétré entre 1904 et 1908 par les troupes allemandes. © Ben McRae/Alamy Stock Photo

“Dans ces sociétés, les femmes sont au centre, pas au-dessus”

La chercheuse allemande Heide Goettner-Abendroth est la spécialiste des sociétés et cultures matrilinéaires qu’elle préfère appeler “matriarcales”, basées sur le partage, le respect de l’autre et de la nature. Si elle déplore la disparition de nombre d’entre elles, la chercheuse souligne les forces de résistance à l’uniformisation du monde et ce que ces sociétés ont à nous apprendre.

© Maresa Jung

Biographie express
Heide Goettner-Abendroth, docteure en philosophie des sciences, a enseigné pendant dix ans à l’université de Munich. Elle a ensuite consacré sa vie aux sociétés matriarcales. Ses travaux font l’objet de débats, de contestations parfois, mais font référence. En 1986, la chercheuse a fondé en Allemagne l’Académie internationale Haiga pour les recherches matriarcales modernes, dont elle assure la direction. Son ouvrage, Les sociétés matriarcales – Recherches sur les cultures autochtones à travers le monde, a été – enfin – traduit en français et publié l’an dernier, aux éditions Des femmes-Antoinette Fouque.

Contrairement à l’idée selon laquelle le modèle patriarcal et inégalitaire serait “universel”, voire selon certain·e·s “naturel”, vous avez observé des sociétés que vous nommez matriarcales un peu partout sur la planète qui, même isolées, présentent des caractéristiques communes…

En effet, lorsque j’ai commencé mes recherches, j’ai été surprise de découvrir des sociétés si lointaines, isolées les unes des autres, qui ne se connaissent pas, et présentent pourtant des fonctionnements si similaires. Celles que j’ai décrites montrent des restes de ces communautés matriarcales. Certaines utilisent encore les mêmes modèles, d’autres en ont gardé seulement une caractéristique.
Elles sont maintenant tellement entourées, influencées et parfois remplacées par des sociétés patriarcales qu’il est difficile d’imaginer qu’elles aient pu être le modèle culturel dominant à une époque. Ce modèle humain a existé partout dans le monde, depuis longtemps. Cependant, les ressources manquent : la littérature sur les sociétés matriarcales offre souvent une histoire déformée, avec une vision occidentale et biaisée. Heureusement, de plus en plus de recherches sont menées sur ces communautés par des personnes qui en sont elles-mêmes issues.

Pourquoi n’existe-t-il selon vous aucune société de ce type en Europe ?

C’est sur notre continent, ainsi qu’en Asie, que le patriarcat s’est développé en premier. L’Europe a une histoire patriarcale tellement longue qu’il ne demeure plus rien des communautés matriarcales. Elles ont toutes été détruites, et de façon très violente. Les derniers vestiges ont disparu avec la chasse aux sorcières (lire Femmes ici et ailleurs #33).

Cette Touareg est maîtresse d’école à Illizi, au sud-est de l’Algérie. Maquillée à la mode nigérienne, elle s’apprête à assister à un mariage. “Musulmane, elle méprise royalement la polygamie. En tant que Touareg – peuple matrilinéaire, elle peut imposer la monogamie”, explique la photographe Nadia Ferroukhi.

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