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Aramis Ayala : Une procureure contre la peine de mort [États-Unis]

Première Afro-Américaine à être élue procureure en Floride, Aramis Ayala offre un autre visage de la justice de son pays. Elle n’a pas hésité à s’opposer directement aux puissants groupes conservateurs en refusant la peine capitale.

Par Lena Bjurström – collectif Focus
Paru dans Femmes ici et ailleurs #38, juillet-août 2020

Dans le système judiciaire américain, Aramis Ayala est une voix singulière. “Pour créer une relation de confiance entre la population et le système judiciaire, il faut que celui-ci la représente correctement”, affirme-t-elle. Depuis son élection en 2016* dans le comté d’Orange, la première procureure afro-américaine de Floride a recruté dans son équipe davantage de femmes, de personnes de couleur et d’origines sociales diverses. “J’ai aussi exigé que toutes et tous suivent une formation de terrain en visitant les prisons, les centres de détention juvénile… Il me semblait fondamental qu’elles et ils connaissent cette réalité.

© Office of the State Attorney Aramis Ayala, Orange County, Florida

La procureure a renforcé les contrôles sur l’action des forces de l’ordre, souvent mises en cause pour des dérives racistes. Elle a créé une équipe spécialisée dans les violences domestiques. Et a supprimé la sacro-sainte caution pour les infractions non violentes. “Cette politique [qui permet une libération conditionnelle contre le versement d’une certaine somme] est profondément inégalitaire, favorisant celles et ceux qui ont des moyens sans regard pour la gravité de leur crime et pénalisant les plus pauvres.

Aramis Ayala a le bagout d’une politicienne, les convictions d’une militante et la rigueur d’une juriste. C’est cette rigueur qui la pousse à s’intéresser aux causes et conséquences des condamnations à mort. “Je n’avais pas d’avis tranché sur la question”, se souvient la procureure. Alors, elle s’interroge, cherche, creuse… pour conclure qu’elle ne requerra jamais la peine capitale. “Toutes mes recherches m’ont démontré que cette sentence n’avait aucun effet dissuasif ni bénéfique pour les victimes à qui elle ne permettait pas davantage de faire leur deuil. Je n’ai trouvé aucune justice dans l’application de la peine capitale”, observe-t-elle. Cette décision, annoncée officiellement, provoque un tollé et une bataille avec le gouverneur républicain qui va jusqu’à la Cour suprême de Floride ; laquelle donne finalement raison au politicien conservateur, le 31 août 2017, jugeant qu’une telle prise de position n’est pas du ressort de la procureure.

Aramis Ayala a déclaré qu’elle ne serait pas candidate à sa propre succession : “En tant que procureure, mon nom sera inscrit sur chaque condamnation à mort dans le comté et je ne peux pas l’accepter. J’ai juré d’appliquer la loi et de porter la Justice. Je constate aujourd’hui que ces deux serments ne vont pas toujours de pair. Or la poursuite de la Justice doit toujours prévaloir”, explique-t-elle. Désormais résolument abolitionniste, Aramis Ayala n’abandonne pas pour autant le combat : “Je crois toujours en la possibilité d’améliorer le système de l’intérieur et je suis fière de ce que nous avons accompli. Mes projets sont encore flous, mais mes engagements restent les mêmes.

En Floride, son combat a marqué les esprits, relançant le débat autour de la peine capitale. Et d’ici la fin de son mandat, en 2021, la procureure compte bien continuer à creuser son sillon. ●