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Anne-Cécile Mailfert et Valence Borgia : les moyens d’agir [France]

L’égalité, Grande cause nationale ? Les discours peinent à se traduire en actes et surtout, en moyens, qui font cruellement défaut aux associations, regrettent Anne-Cécile Mailfert et Valence Borgia, responsables de la Fondation des femmes. Cette structure novatrice multiplie les appels aux dons et mobilise en particulier l’arme du droit dans la lutte contre les violences sexistes.
La Fondation des femmes est également à l’initiative de plusieurs campagnes, soutenues par de nombreuses personnalités dont l’actrice Julie Gayet et le rappeur Oxmo Puccino, qui témoignent ici de leur engagement.

Propos recueillis par Pierre-Yves Ginet
Paru dans Femmes ici et ailleurs #26, juillet-août 2018

Biographies express

DR

Valence Borgia est avocate aux Barreaux de Paris et New York et Membre du Conseil de l’Ordre du Barreau de Paris. Sensible aux inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes, elle s’engage au Laboratoire de l’égalité, puis à l’Union des jeunes avocats de Paris dont elle a été présidente en 2015. Convaincue que le droit est un outil fondamental aux services des femmes, elle fait partie des personnalités à l’origine de la création de la Fondation des femmes où elle s’investit plus particulièrement au sein de la Force juridique.

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© Pierre-Yves Ginet

Sensible aux violences faites aux femmes, Anne-Cécile Mailfert s’engage dans une association de soutien aux personnes prostituées en 2010, puis devient présidente et porte-parole d’Osez le féminisme ! Révoltée par le manque de moyens dont disposent les associations sur les droits des femmes, elle co-fonde et préside aujourd’hui la Fondation des femmes. Elle est autrice de deux livres, IVG, ils ne décideront plus pour nous et Tu seras une femme, guide féministe pour ma nièce et ses amies, aux éditions Les Petits Matins.

Il y a deux ans, le rapport Où est l’argent des droits des femmes ?1 pointait un gouffre entre les discours et la faiblesse de l’engagement financier indispensable pour faire avancer l’égalité et venir en aide aux femmes victimes de violences. Où en est-on aujourd’hui ?

Anne-Cécile Mailfert : #MeToo, #Balancetonporc, l’affaire Weinstein, la prise de conscience sociétale n’ont pas encore eu d’effet sur les budgets publics, contrairement à d’autres pays comme le Canada, l’Espagne, le Royaume-Uni. La région Île-de-France a débloqué une aide d’urgence pour quelques associations. La Mairie de Paris aussi a octroyé une rallonge aux structures qui sont face à l’affluence des victimes. Mais aucune collectivité n’annonce un changement important de ses dotations. Du côté de l’État, les montants restent absolument ridicules, moins de 0,01 % du budget national.

Aujourd’hui, nombre d’associations œuvrant pour l’égalité sont malmenées…

A-C. M. : Il s’agit d’une question de dignité en fait. L’égalité est-elle un combat digne d’avoir un minimum de moyens ? Les sensibilisations scolaires du Planning familial sont payées moins que le SMIC horaire. Nombre de structures sont obligées de faire appel au bénévolat, avec les limites qu’il comporte.
L’égalité mérite de bénéficier de profesionnel·le·s dignement rémunéré·e·s, faute de quoi nous perdons des expertises essentielles. Je vois des associations formidables, comme En avant toutes, portée par des jeunes, qui ont construit un chat contre les violences faites aux femmes s’adressant surtout aux 15-25 ans. Le public se connecte en nombre… Les activistes de cette association forment des agent·e·s de l’État, qui vont ouvrir une nouvelle plateforme de réponses en ligne aux questions. Des policiers et des policières vont intervenir sur ce chat national. Mais l’association ne sait pas comment finir l’année ! C’est dommage qu’il n’y ait pas une intégration des compétences, des expertises. Pourtant, c’est grâce aux associations qu’émergent des innovations, de nouvelles réponses pour mieux aider les femmes, pour mieux sensibiliser à l’égalité. Il en a toujours été ainsi.

Valence Borgia : L’essentiel des actions tient grâce à l’engagement volontaire et individuel qui devient collectif…

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Christiane Taubira, accompagnée entre autres par Marie-Aimée Peyron, bâtonnière du Barreau de Paris, présidait le concours d’éloquence 2018, qui s’est tenu le 10 juin à la Maison de la Radio à Paris. Ici, la candidate Anagi Kodituwakku, élève-avocate, lors de son discours sur l’avortement. © François Lafite

C’est un miracle qui permet de continuer, mais pour combien de temps encore ?

A-C. M. : Ce qui est très dur pour les associations, c’est qu’on leur répète que l’égalité est une priorité et qu’elles savent, pour certaines, que dans deux mois elles devront cesser leur activité. Nous aidions Excision parlons-en, qui a fermé fin mai. Il y a un an, l’association menait une formidable campagne pour sensibiliser les jeunes filles qui partent dans les pays d’origine de leur famille pendant l’été. Nos dirigeant·e·s ratent une occasion en or. Tous les indicateurs et sondages le montrent : pour les Français·es, l’égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre les violences font partie des priorités.

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