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Dossier : Afghanistan, ce que les Afghanes ont à nous dire

Le 15 août, le monde avait les yeux rivés sur l’Afghanistan. Premières victimes du régime taliban, les femmes tentent toujours de se faire entendre, malgré mille dangers. Alors qu’elles tombent peu à peu dans l’oubli international, Femmes ici et ailleurs a décidé d’ouvrir ses pages à des militantes, journalistes, photographes et artistes.

Dossier réalisé par Pierre-Yves Ginet
Publié dans Femmes ici et ailleurs #46, novembre-décembre 2021

Najiba Noori

Les talibans haïssent les femmes puissantes et la liberté

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Je travaillais comme photographe, journaliste et cinéaste en Afghanistan et chaque fois que je le pouvais, je me concentrais davantage sur les femmes, leur place dans la société. Avant que les talibans ne prennent le contrôle du pays, malgré de nombreux défis, la plupart des femmes étaient libres d’obtenir une éducation, de travailler ou d’être artistes. Nous nous améliorions dans tous les domaines. Nous avions bon espoir et nous travaillions dur pour un avenir meilleur. Les talibans haïssent les femmes puissantes, la liberté de la presse et la liberté d’expression. Ils tuent des Afghan·e·s, en particulier des journalistes, depuis plus de vingt ans. Ils n’ont pas changé.
Un jour, je le crois, ils seront partis. Mais ce que nous avons accompli au cours de ces vingt dernières années aura été détruit, c’est une certitude. Ce que ma génération traverse et traversera est particulièrement difficile et injuste. Physiquement je suis en France, mais mentalement je suis restée dans mon pays. Je suis désespérée, impuissante et très inquiète pour mon peuple. L’Afghanistan a un avenir très sombre. J’espère juste que le monde se tiendra aux côtés des femmes afghanes et ne reconnaîtra pas ce groupe de terroristes.

Najiba Noori a commencé à travailler pour des médias en tant que bénévole alors qu’elle avait quinze ans. Elle a été photographe documentaire pour divers médias et organisations (BBC, Huffington Post, Afghanistan Today, MSF, etc.). Elle a également étudié le cinéma à Kaboul et réalisé plusieurs documentaires vidéo, dont un court métrage sur les personnes handicapées avec des cinéastes pakistanais, à Karachi (Pakistan), pour les Nations unies. Najiba Noori travaillait comme journaliste vidéo pour l’Agence France Presse en Afghanistan. Elle a quitté son pays en août 2021.


Zahra Khodadadi

J’avais tellement d’espoir que notre génération puisse apporter des changements positifs

DR

Je voulais photographier les femmes afghanes pour montrer les visages des différentes ethnies, mais aussi pour lutter contre les comportements hostiles, en montrant la présence des femmes dans toutes les sphères de notre société. J’ai fini par faire des affiches avec mes photos et les ai collées sur les murs, pour le grand public. Malheureusement, je n’ai pu poursuivre avec l’arrivée des talibans.
Les femmes afghanes veulent la liberté. Liberté d’expression, liberté de travail, liberté de s’habiller comme bon leur semble, de prendre leurs décisions, être indépendantes dans leur vie. Ce qui est inconciliable avec les terroristes islamistes et anti-femmes. Dès qu’ils sont arrivés, ils ont imposé leurs règles : le port du perahan tunban [NDLR : habit traditionnel afghan] pour les hommes, la burqa ou le hijab complet pour les femmes, la suppression de toutes les images de visages de femmes dans les rues, l’interdiction pour les femmes de sortir sans mahram [NDLR : selon la charia, un tuteur, sous l’autorité duquel elle est placée]. J’ai travaillé de façon indépendante tout au long de ces dix dernières années et il m’était impossible de tolérer ces restrictions.
Je suis arrivée en France, mais mon esprit et mes pensées demeurent auprès de mon peuple, mes ami·e·s, ma famille et mon pays. J’avais tellement d’espoir que notre génération puisse apporter des changements positifs. Tout a été ruiné lorsque les talibans ont pris le pouvoir.

Zahra Khodadadi est diplômée de la faculté des Beaux-Arts, département de design graphique, à l’université de Kaboul, en 2014. Son travail de photographe documentaire se concentre sur le mode de vie des gens, dans leur environnement. Ses photographies ont été présentées dans de nombreuses expositions collectives ou individuelles en Afghanistan et au-delà de ses frontières (Iran, Norvège, Malaisie, Kazakhstan, États-Unis…). Elle a quitté l’Afghanistan en août 2021.

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