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Reportage : À l’école de l’égalité [Suède]

En Suède, deux jardins d’enfants développent depuis plusieurs années une pédagogie créative pour ouvrir les champs des possibles aux filles et aux garçons dès la petite enfance. Pour ce combat, les enseignant·e·s d’Egalia et de Nicolaigården ont été tout autant célébré·e·s que conspué·e·s. Alors que de nombreuses écoles suédoises s’emparent à leur tour de ces nouveaux outils, ces pédagogues n’ont pas fini d’innover. Reportage.

Texte de Lena Bjurström – Collectif Focus
Photos de Linda Forsell

Paru dans Femmes ici et ailleurs #36, mars-avril 2020 

Tous les matins, Amalia Hyttsten-Brodelius, l’une des enseignantes de Nicolaigården, équivalent à la fois d’un jardin d’enfants et d’une école maternelle, embarque un petit groupe en exploration : “Nous les emmenons dehors autant que possible, à la découverte du monde. » Tout autour de Nicolaigården, la vieille ville de Stockholm est un dédale de ruelles médiévales et de petits parcs.

Voulez-vous que la vie de vos enfants soit limitée ?”, lance Lotta Rajalin. Le discours de la directrice du jardin d’enfants Nicolaigården est rodé. Chaque début d’année scolaire, depuis plus de vingt ans, elle réunit les parents de ses nouveaux et nouvelles élèves pour leur expliquer les bases de sa pédagogie. “Partout dans le monde, nous avons des comportements différents vis-à-vis des filles et des garçons. Nous distinguons comment ils et elles sont supposé·e·s s’habiller, se comporter, jouer… Nous avons tendance à dire à une fille qu’elle est jolie, à un garçon qu’il est cool, offrir à l’une une poupée, à l’autre un avion. Nous participons ainsi à les enfermer dans un genre social, masculin ou féminin”, explique-t-elle tout en dessinant sur un tableau deux grandes colonnes séparant couleurs, vêtements, activités, métiers. “Ce que nous essayons de faire ici, c’est au contraire de dépasser ces stéréotypes.

En Suède, la scolarité n’est obligatoire qu’à partir de six ans mais la plupart des parents mettent leur enfant dans une förskola (pré-école) dès l’âge d’un an, jusqu’à l’entrée en primaire. Le fonctionnement de ces écoles, équivalent en France à la fois des crèches et des maternelles, est financé par les municipalités et les parents sont libres d’opter pour la förskola de leur choix. À Nicolaigården, les profils des familles sont variés, comme leurs motivations ; si certaines choisissent cette école pour sa pédagogie réputée, beaucoup le font pour sa situation idéale dans le centre de Stockholm.
C’est à ces dernières en particulier que, chaque nouvelle rentrée, Lotta Rajalin explique ce qu’est le genre ou “sexe social”, – autrement dit les valeurs et représentations associées au féminin et au masculin induisant souvent une hiérarchie – et détaille ses méthodes : “Nous ne changeons pas leur identité, nous ouvrons leur horizon, nous démultiplions les possibilités offertes aux enfants.
En aparté, elle observe : “Chaque année, les mêmes remarques reviennent. Certain·e·s nous disent que nous sommes féministes et que nous nous intéressons donc surtout aux filles. Je leur explique que notre approche bénéficie tout autant aux garçons.” Les parents les plus sceptiques réagissent très bien, assure la pédagogue. “Quant aux familles déjà convaincues, nos échanges ajoutent à leur réflexion.

Sam, âgé d’un an, tente de communiquer. “Avec les tout·es-petit·e·s, nous utilisons beaucoup la langue des signes, explique Amalia Hyttsten-Brodelius, enseignante. C’est un excellent outil pour les aider à s’exprimer et ainsi éviter les crises de frustration quand ils et elles n’arrivent pas à se faire comprendre.

Du principe à la mise en pratique

Nicolaigården était notre premier choix”, affirme pour sa part Angelica Ekeberg, qui arrive avec Sam, âgé d’un an. Tandis que le garçonnet se dirige d’un pas hésitant vers ses camarades dans la cour, sa mère explique : “Mon compagnon et moi souhaitions une école publique avec une attention particulière à l’égalité et l’ouverture d’esprit.” Pour cette mère, tout est question d’équilibre : “Je ne voulais pas d’une pédagogie trop alternative. Il est important pour moi que Sam suive le système classique, qu’il voie le monde tel qu’il est, mais avec des valeurs, de la curiosité. Et puis nous habitons non loin, c’est pratique.” Un mois après les débuts de son fils dans cette école, Angelica est ravie : “Leurs méthodes sont inspirantes. Cette école lui donne le meilleur départ qu’il puisse avoir dans la vie.

Si la pédagogie appliquée à Nicolaigården est aujourd’hui reconnue, son développement ne s’est pas fait sans heurts. En 1998, le parlement suédois amende la Loi sur l’éducation, préconisant que les jardins d’enfants “contrent les modèles traditionnels de genre” et encouragent les enfants à passer outre “les limites des rôles stéréotypés”. Une déclaration de principe que Lotta Rajalin et l’équipe enseignante de Nicolaigården décident de mettre en pratique. “Quand j’ai annoncé en réunion que nous avions de nouvelles consignes à appliquer, les enseignant·e·s étaient d’accord, pour autant toutes et tous estimaient déjà se comporter de façon égalitaire avec les enfants et ne voyaient pas très bien ce que nous pouvions faire de plus, se souvient la directrice. Rien n’empêchait de nous assurer que nous étions si… parfait·e·s !

Des filles cantonnées aux coins

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